Le Secrétariat général de l’OIF doit revenir à la RDC : Cohérence démographique, légitimité historique et impératif stratégique (Par Éric Kamba)

Kinshasa, 2 mars 2026 (ACP).- La République démocratique du Congo se trouve être le premier pays francophone du monde et compte aujourd’hui plus de 100 millions d’habitants. Elle est devenue le premier pays francophone du monde en nombre de locuteurs, dépassant la France elle-même.

Il ne s’agit pas d’une polémique.

Il s’agit d’une cohérence institutionnelle.

À l’heure où la Francophonie cherche à redéfinir son rôle dans un monde fragmenté par les rivalités géopolitiques, les transitions démographiques et les recompositions linguistiques, la question du Secrétariat général de l’OIF dépasse les équilibres diplomatiques traditionnels. Elle touche à l’essence même du projet francophone : qui incarne aujourd’hui le cœur vivant de la Francophonie ?

La réponse est simple, objective et vérifiable : la République Démocratique du Congo.

I. La RDC, premier pays francophone du monde

La République démocratique du Congo compte aujourd’hui plus de 100 millions d’habitants. Elle est devenue le premier pays francophone du monde en nombre de locuteurs, dépassant la France elle-même.

Le français y est :

•     langue officielle de l’État,

•     langue de l’administration et de la justice,

•     langue de l’enseignement et de la recherche,

•     langue des médias nationaux,

•     langue de cohésion dans un pays riche de centaines de langues locales.

Dans un État aussi vaste et culturellement diversifié, le français joue un rôle fondamental : il est l’architecture linguistique de l’unité nationale.

Or, si la Francophonie repose d’abord sur la promotion et la vitalité de la langue française, comment justifier que son leadership ne reflète pas son principal pilier démographique ?

Le centre de gravité de la langue française s’est déplacé. Il est désormais africain. Et la RDC en est le pivot.

II. L’esprit fondateur de la Francophonie : solidarité et équilibre

La Francophonie multilatérale naît en 1970 à Niamey, portée par des visionnaires comme :

•     Léopold Sédar Senghor

•     Habib Bourguiba

•     Hamani Diori

•     Norodom Sihanouk

Leur ambition n’était pas d’ériger un bloc d’influence, mais de construire un espace de dialogue, de diversité culturelle et de coopération équilibrée.

La Charte de la Francophonie fixe quatre missions essentielles :

1.    Promouvoir la langue française et la diversité culturelle.

2.   Promouvoir la paix, la démocratie et les droits humains.

3.   Soutenir l’éducation et la recherche.

4.   Encourager le développement économique durable.

La RDC est au croisement de ces quatre priorités :

elle est un espace de jeunesse, d’éducation en expansion, de défis démocratiques majeurs et de ressources stratégiques mondiales.

Lui confier la direction de l’OIF ne serait pas une faveur diplomatique.

Ce serait un retour à l’esprit fondateur : celui d’une Francophonie réellement multipolaire.

III. Le paradoxe rwandais et la question de cohérence

Le Rwanda a opéré ces dernières années un repositionnement stratégique clair vers le monde anglophone, devenant membre actif du Commonwealth et adoptant l’anglais comme langue dominante de l’administration et de l’enseignement supérieur.

Cela relève de sa souveraineté.

Mais une interrogation légitime subsiste :

peut-on durablement confier la direction politique de la Francophonie à un État dont la trajectoire linguistique institutionnelle s’éloigne progressivement du français ?

Cette question n’est ni émotionnelle ni identitaire.

Elle est structurelle.

IV. L’OIF face à la crise dans l’Est de la RDC : une crédibilité en jeu

Face aux tensions persistantes dans l’Est congolais, notamment autour du M23 et des accusations de soutien rwandais, l’OIF a privilégié une posture de neutralité diplomatique.

Cette neutralité est perçue par une partie importante de l’opinion congolaise comme une prudence excessive.

Or l’OIF affirme promouvoir la paix, la démocratie et les droits humains.

Sa crédibilité dépend de sa capacité à conjuguer principes et réalités.

Une direction congolaise n’impliquerait pas confrontation.

Elle impliquerait clarté, cohérence et équilibre.

V. Les calculs géostratégiques et la nouvelle donne africaine

Emmanuel Macron a entrepris une redéfinition de la politique française en Afrique. Les dynamiques régionales sont marquées par :

•     des ruptures militaires au Sahel,

•     des débats sur la souveraineté monétaire,

•     une diversification des partenariats stratégiques.

L’Afrique réclame plus de responsabilité, plus d’autonomie décisionnelle, plus de respect institutionnel.

Dans ce contexte, la RDC n’a pas vocation à flatter.

Elle a vocation à défendre ses intérêts stratégiques.

Si la Francophonie ne reconnaît pas la centralité congolaise dans son architecture future, la RDC serait légitime à réexaminer la profondeur de son engagement.

Il ne s’agit pas de rupture.

Il s’agit de dignité stratégique.

Conclusion : un choix de cohérence ou une occasion manquée

La question du Secrétariat général de l’OIF n’est pas une querelle diplomatique.

C’est un test de cohérence institutionnelle.

Si la Francophonie veut survivre comme projet d’avenir,

si elle reconnaît que la majorité de ses locuteurs vivent désormais en Afrique,

si elle veut rester crédible sur les questions de paix et de développement,

alors elle doit refléter cette réalité dans son leadership.

La RDC ne revendique pas par émotion.

Elle constate une évidence démographique, historique et stratégique.

Confier la direction de l’OIF à la RDC serait un acte de cohérence.

Refuser cette évidence serait un choix politique — assumé comme tel.

L’histoire jugera.

Éric Kamba

Géostratège – Analyste des relations internationales

Directeur exécutif, Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA).

ACP/C.L.

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