RDC : une thèse recommande des mécanismes institutionnels pour renforcer les carrières académiques féminines

Kinshasa, 02 septembre 2026 (ACP).– La mise en place de mécanismes institutionnels favorisant l’accès des femmes au temps scientifique, au mentorat et à une reconnaissance équitable du travail académique en République démocratique du Congo, a figuré parmi les recommandations d’une thèse doctorale soutenue mercredi à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa.

« L’égalité formelle ne suffit pas. L’enjeu est l’accessibilité pratique des dispositifs, notamment la protection du temps scientifique et l’existence d’un mécanisme de rattrapage après une interruption », a révélé la cheffe des travaux Fifi Ilunga, auteur de la thèse.

Consacrée à la dynamique de construction des carrières du personnel scientifique et académique dans les universités publiques du Haut-Katanga, l’étude a considéré la carrière non pas comme une simple succession de grades, mais comme une trajectoire façonnée par les conditions institutionnelles, les réseaux, la répartition des charges et les expériences biographiques.

Les résultats ont montré que les femmes font face à des obstacles cumulatifs, notamment la surcharge d’enseignement et de service, l’accès inégal à l’information et aux opportunités de visibilité, les asymétries en matière de mentorat ainsi que les attentes genrées en matière de disponibilité.

« Ce qui stabilise l’institution au quotidien ne se convertit pas proportionnellement en promotion », a souligné Mme Ilunga, qui a relevé une sous-valorisation de l’encadrement, du service et des responsabilités pédagogiques dans les mécanismes de reconnaissance.

La recherche a également constaté que les critères formels de promotion coexistent avec des normes implicites liées notamment à la réputation, aux réseaux et à la centralité disciplinaire.

« La reconnaissance est socialement produite plutôt que mécaniquement administrée », a-t-elle fait observer.

A cet effet, la cheffe de travaux a fait savoir que l’étude a identifié quatre trajectoires féminines, à savoir, les carrières linéaires ralenties par la surcharge, les carrières interrompues par des événements biographiques, les carrières accélérées par le réseau et le mentorat, ainsi que les carrières hybrides combinant gouvernance et production scientifique.

Elle a souligné que la maternité, la maladie, les charges parentales ou encore la mobilité contrainte ne deviennent des pénalités durables qu’en l’absence de dispositifs efficaces de protection et de rattrapage.

« La progression devient plus probable lorsque des arrangements inclusifs, une transparence procédurale, une mesure objective de la charge et un mentorat institutionnalisé rendent les preuves à nouveau convertibles en reconnaissance », a conclu la thèse.

L’étude, menée à l’Université de Lubumbashi (UNILU) et à l’Université de Likasi (UNILI), a enfin recommandé une meilleure traçabilité des charges, l’institutionnalisation du mentorat, la valorisation des contributions et une plus grande transparence dans les décisions de promotion.

Par ailleurs, elle a proposé un modèle interprétatif destiné à aider les universités publiques congolaises à transformer concrètement les conditions organisationnelles des carrières féminines. Après débat et délibération, Fifi Ilunga a été proclamée docteure en sciences de gestion, avec la mention « la plus grande distinction ».ACP/Ns

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