Trois questions à un expert sur l’impact de la combustion des déchets

Kinshasa, 24 juillet 2025(ACP).- Durant la saison sèche, les habitants de Kinshasa et d’autres grandes villes de la République démocratique du Congo ont pris l’habitude de brûler leurs déchets en plein air, dégageant ainsi une fumée qui impacte la qualité de l’air au pays.

Dans un échange avec l’ACP jeudi à Kinshasa, Bertin Mbuya Kilabi, expert en environnement, a expliqué les conséquences de cette pratique.

Question 1 : Que pensez-vous de cette pratique qui consiste à brûler en plein air les déchets de toutes sortes ?

Réponse : Cette pratique est bien perçue par ceux qui en font usage. Car pour eux, brûler les déchets réduit leur quantité. En outre, ça leur évite d’amener les immondices vers les décharges sauvages souvent éloignées; et cela sans savoir les risques sanitaires et environnementaux liés au fait de brûler les déchets ménagés.

Question 2 : Quelles sont les conséquences de cette pratique pour la santé humaine ?



Réponse : La dangerosité de cette pratique sur la santé de l’homme  dépend de la nature des déchets, de la quantité et de la vulnérabilité des personnes exposées, car les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants sont plus vulnérables. Quand on brûle les déchets plastiques, par exemple, ces derniers libèrent certains composés toxiques, notamment la dioxine et le furane qui sont hautement cancérigènes. Et au fur et à mesure qu’on s’expose à ces gaz, on peut développer plusieurs types de cancers et des maladies pulmonaires et même cardiaques. Certains gaz asphyxiants comme le monoxyde de carbone (CO), peuvent présenter des risques sanitaires similaires. Sans oublier que quand on brûle les déchets, tout ne se consume pas. Les mâchefers toxiques peuvent libérer des polluants qui s’introduisent dans la chaîne alimentaire jusqu’à contaminer les humains via les activités agricoles qui se font sur des anciennes décharges sauvages ou à côté des zones de combustion des déchets.

Question 3 : Est-ce que la combustion des déchets a un impact sur la qualité de l’air ?


Réponse : S’agissant de la pollution de l’air, elle dépend de l’ampleur de la décharge sauvage et de la composition physico-chimique des déchets brûlés. Lorsque, par exemple, les déchets organiques sont brûlés en plein air, ils libèrent des gaz nocifs,  entre autres le dioxyde de carbone (CO²), principal gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique. Cette pratique est similaire au feu de forêts, car le carbone séquestré dans la matière organique est libéré dans l’air et, en se ralliant avec l’oxygène, il crée le dioxyde de carbone qui est un puissant gaz à effet de serre. La pratique libère aussi le gaz méthane (CH4), une molécule encore qui réchauffe 21 fois plus l’atmosphère que le CO², sans oublier les particules fines nuisibles pour la qualité de l’air.

À cela s’ajoute le fait que si les déchets brûlés contiennent beaucoup de composés azotés, ils libèrent les oxydes d’azote responsables des pluies acides et de leurs impacts sur le sol et la biodiversité. Ces oxydes d’azote émis par la combustion des déchets peuvent aussi occasionner la production secondaire de l’Ozone au niveau de la troposphère, qui est un des polluants de la qualité de l’air. ACP/JF

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