Kinshasa, 11 octobre 2026 (ACP).-L’augmentation du budget national alloué à la santé mentale a été sollicitée samedi à Kinshasa, en République démocratique du Congo, par un médecin, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée le 10 octobre de chaque année, placée sous le thème international: « À l’écoute de l’expérience vécue, des voix authentiques pour un réel changement » et le thème national: « Quand les voix sont entendues, le changement devient réel: agir pour la santé mentale en RDC ».
« La santé mentale est un droit humain, pilier de la paix sociale. Il est urgent d’augmenter le budget national alloué à la santé mentale, de décentraliser les soins en formant les agents de santé communautaires à l’intérieur de nos provinces et de subventionner les traitements pour qu’aucun Congolais ne soit abandonné à la rue à cause d’une maladie de l’esprit », a déclaré le Dr Emmanuel Epenge, neuropsychiatre au Programme national de santé mentale et dans les hôpitaux de Kinshasa.
Il a fait savoir que le stress économique, les conflits et les violences brisent les mécanismes de défense psychologique et provoquent des états de stress post-traumatique (ESPT) caractérisés par des flashbacks, des insomnies sévères, un sentiment constant de menace et des états de dissociation psychique.
En RDC, les causes des troubles mentaux sont multifactorielles et profondément liées au contexte socio-économique et sécuritaire. La pauvreté chronique, le chômage de masse, l’usage croissant de drogues artisanales (comme le « bombé ») et l’abus d’alcool chez les jeunes exacerbent les troubles psychiques.
Pour prévenir, le Dr Epenge a expliqué qu’il faut parler et extérioriser, briser l’isolement en partageant ses difficultés avec une personne de confiance, éviter les drogues, maintenir un sommeil régulier et consulter tôt, sans attendre qu’une crise majeure éclate pour solliciter l’aide d’un psychologue ou d’un agent de santé communautaire formé.
« La prise en charge n’est pas encore suffisamment accessible dans notre pays. Les données du Centre Neuro-Psycho-Pathologique (CNPP) indiquent que sur environ 20 millions de Congolais souffrant de troubles mentaux, à peine 5% ont accès à des soins adaptés. Les freins principaux restent la concentration des rares psychiatres à Kinshasa, le coût prohibitif des médicaments psychotropes et l’absence de couverture maladie universelle effective pour ces pathologies », a-t-il ajouté.
À la population congolaise, il a lancé: « La souffrance psychologique n’est ni une honte, ni une fatalité, ni une maladie spirituelle. Prendre soin de sa tête est aussi important que prendre soin de son corps. Soyons bienveillants envers ceux qui souffrent parmi nous. Ne les rejetons pas, car la santé mentale nous concerne tous, nous pouvons tous être fragilisés demain. Parlons-en sans tabou », a-t-il conclu.ACP/P.O./N.Mb. (SP)

