Kinshasa, 15 juin 2026 (ACP).- L’implication des communautés locales et des institutions a été recommandée par un expert en communication pour une riposte efficace contre la maladie à virus Ebola souche Bundibugyo, lundi, au cours d’un entretien à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
« De retour d’une mission d’appui à la riposte contre la 17ème épidémie de la maladie à virus Ebola (MVE) en Ituri, notamment à Bunia et à Rwampara, une conviction s’impose : « cette épidémie, qui frappe d’abord les communautés, ne peut être maîtrisée sans elles ». Toutefois, au regard des défis observés sur le terrain, ainsi que de ceux relevés par les organismes habilités, la riposte se joue à deux niveaux complémentaires : « en amont dans les communautés, là où naissent la peur, les rumeurs, les réticences et les résistances ; et en aval, institutionnel, là où se construisent le leadership national, la préparation, la confiance et la mobilisation nationale », a déclaré Michée Kitima, expert en communication sociale, institutionnelle et de développement.
Expliquant l’importance de l’implication des communautés locales, il a indiqué que la riposte contre Bundibugyo ne se gagne ni uniquement dans les laboratoires, ni dans les centres de santé ou les centres de traitement, mais qu’elle se gagne aussi dans les communautés, notamment les villages, les familles, les lieux de culte, les marchés, les écoles, les carrés miniers, les médias et les espaces où se construisent les perceptions. « Une épidémie qui naît et se propage au sein des communautés ne peut être maîtrisée durablement sans leur pleine implication. L’engagement communautaire ne doit pas se limiter à la présence des leaders dans les réunions, ni à la simple diffusion de messages conçus à l’avance. Il doit être compris comme un véritable processus de dialogue, d’écoute, de responsabilisation et de co-construction de la réponse, dans lequel les communautés ne sont pas seulement informées, mais associées et impliquées dans le processus de prise de décision, les actions et le suivi de la riposte », a-t-il précisé.
Tout en saluant les efforts importants déployés au quotidien par les autorités sanitaires autour de l’Institut national de santé publique (INSP), le personnel de santé, les équipes de riposte, ainsi que les partenaires techniques et financiers, pour contenir cette épidémie et limiter son impact socioéconomique sur les communautés, cet expert en communication, qui a contribué à plusieurs projets d’urgence du gouvernement financés par la Banque mondiale, a préconisé quatre solutions pour renforcer l’engagement communautaire. Il a cité : la mise en place d’une équipe CREC locale (Communication des risques et engagement communautaire), la motivation, la capacitation et la responsabilisation des acteurs communautaires face à des contraintes très concrètes, à savoir le transport, la communication, la disponibilité, la sécurité et les moyens de fonctionnement, la réussite des enterrements dignes et sécurisés, essentiels pour interrompre les chaînes de transmission, et l’écoute des communautés avant de vouloir les convaincre.
« Sur le terrain, les communautés posent des questions qui ne doivent pas être minimisées : « Pourquoi vos médicaments ont-ils une odeur ? », « Quand la pluie tombe, où allons-nous prendre les médicaments ? », « Pourquoi donnez-vous trois moustiquaires à une famille de neuf personnes ? », « Vous êtes payés, mais vous nous demandez de vous accompagner gratuitement : avec quels moyens allons-nous le faire ? ». « Ces questions traduisent parfois des incompréhensions, mais aussi des frustrations réelles », a-t-il ajouté, en précisant que la communication ne doit donc pas seulement consister à transmettre des messages, mais à adapter les interventions aux réalités vécues par les populations.
Mise en place d’un cadre de consultations nationales sollicitée
Dans le même ordre d’idées, Michée Kitima a proposé l’organisation d’un cadre national de consultations autour de la riposte qui permettrait de réunir les principaux acteurs concernés, notamment les autorités nationales et provinciales, les confessions religieuses, les leaders coutumiers, les partenaires techniques et financiers, la société civile, les leaders d’opinion, les artistes et les médias.
« Placées sous l’impulsion du Président de la République, ces consultations devraient également offrir l’occasion de capitaliser les leçons tirées des précédentes épidémies d’Ebola, notamment celle de 2018 dans l’Est du pays, où les défis liés à la confiance communautaire, à la sécurité, aux rumeurs et à l’adhésion aux mesures de riposte ont fortement marqué la réponse. Cette démarche permettrait d’identifier des solutions adaptées au contexte actuel, de renforcer l’adhésion de toutes les couches de la population, y compris celles des zones en conflit et minières, d’améliorer la coordination, de mobiliser les ressources nécessaires et de définir une feuille de route opérationnelle orientée vers des actions concrètes sur le terrain », a-t-il souligné. « Pour réussir la riposte contre la 17ème épidémie de la MVE, il faut donc mettre en place les équipes locales CREC, responsabiliser et motiver les acteurs locaux, assumer une communication nationale forte, restaurer la confiance et renforcer l’engagement communautaire », a-t-il conclu.
ACP/ L K

