Joseph Kabila, Chef de l’État au chef rebelle : les dessous des tribulations  (Freddy Mulumba Kabuayi)

Kinshasa, 23 octobre 2026 (ACP).-Le retour de Joseph Kabila à la tête d’un mouvement politico-militaire ouvre un nouveau chapitre de la crise congolaise. Des rébellions successives aux accords de Washington, son parcours interroge les stratégies régionales et les rivalités internationales autour des richesses et de la souveraineté de la RDC.

L’ancien Chef de l’État de la République démocratique du Congo(RDC) (2001-2019), Joseph Kabila, a pris, le 12 octobre 2026 à Goma, la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire regroupant ses partisans et l’AFC/M23, rébellion qu’il avait lui-même combattue lorsqu’il dirigeait l’État congolais.

Pour comprendre la position actuelle de l’ancien président, nous devons étudier les motivations et les objectifs de ce nouveau mouvement.

Cette énième rébellion s’inscrit dans une dynamique remontant à la première guerre d’agression de 1997, menée par les armées rwandaise et ougandaise avec le soutien des puissances occidentales et de leurs multinationales, afin de contrôler les richesses du Congo et de morceler le pays de Lumumba en plusieurs États.

De l’Alliance des forces démocratiques de libération au Front pour la refondation de la nation

Depuis la création de l’Alliance des forces démocratiques de libération (AFDL) jusqu’à l’actuel mouvement de Joseph Kabila, une guerre d’usure est menée contre la RDC depuis plus de trente ans. Une stratégie pour fatiguer le peuple congolais et lui faire accepter la partition de son pays, faute d’alternative.

Ce plan a été monté par des hommes d’affaires de l’Arkansas proches de l’ancien président américain Bill Clinton, face à un maréchal Mobutu malade et à la montée en puissance de la Chine. Ils se sont appuyés sur l’Ouganda de Museveni et le Rwanda de Paul Kagame, qui ont eux-mêmes des visées territoriales sur une grande partie de l’est du pays, notamment le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Pour atteindre leur objectif, il fallait commencer par faire sauter le régime hutu du président Habyarimana au Rwanda. Pour y parvenir, ils ont créé en Ouganda une rébellion constituée essentiellement de réfugiés tutsis chassés du Rwanda en 1959. La mission accomplie à Kigali, ils ont marché sur Kinshasa pour renverser le maréchal Mobutu au Zaïre. Nous sommes en 1997.

Laurent-Désiré Kabila, ancien maquisard congolais, a été recruté par l’Ouganda et le Rwanda pour légitimer la prise du pouvoir à Kinshasa et en faire une affaire zaïroise.

Cependant, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. Autoproclamé président de la République démocratique du Congo contre la volonté de Paul Kagame et de Museveni, Mzee Kabila va déjouer le plan de ses parrains rwandais et ougandais en les chassant de la RDC le 27 juillet 1998. Ainsi sonna l’échec de l’AFDL.

Après cet échec, le Rwanda et l’Ouganda vont relancer la guerre contre le Congo en créant deux rébellions : le MLC de Jean-Pierre Bemba et le RCD d’Azarias Ruberwa. Suivra, au gré des circonstances, la création du CNDP, du M23 et, enfin, du Front pour la refondation de la nation (FNR), qui n’est autre que la fusion des rébellions AFC/M23 sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila et aux ordres de Kigali.

Le FNR de Joseph Kabila s’est fixé deux objectifs : renverser le régime du président Tshisekedi ou, en cas d’échec, établir une région autonome dans l’est de la RDC. Dans l’attente d’une reconnaissance officielle par des négociations avec le gouvernement de Kinshasa, des structures de gouvernance parallèle sont mises en place dans les territoires occupés.

Deux semaines seulement après la signature des accords de Washington entre les États-Unis et la RDC, le journaliste russe Andrew Korybko annonçait que l’ancien président Joseph Kabila prendrait la tête d’une nouvelle rébellion. Son article portait un titre révélateur : « Les États-Unis pourraient privilégier une balkanisation pacifique en douceur ».

Cette annonce laisse penser que la signature des accords de Washington aurait rebattu les cartes des initiateurs du projet de balkanisation du Congo.

Félix Tshisekedi et Donald Trump perturbent le plan de balkanisation

En signant les accords de Washington, les présidents Donald Trump et Félix Tshisekedi ont porté un coup dur au projet de balkanisation de la RDC initié par les globalistes depuis la guerre de l’AFDL de 1997. Si le président Tshisekedi a signé ces accords pour sécuriser le peuple congolais et ses minerais critiques, Trump est motivé par la compétition technologique et commerciale avec la Chine.

Quiconque contrôle « les centres de calcul et les minéraux qui les alimentent dirige le XXIe siècle », écrit Jacob Helberg, sous-secrétaire d’État américain de l’administration Trump. À cet égard, la Chine et les États-Unis se disputent le leadership mondial en intelligence artificielle.

Si l’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis sécurise les minerais congolais, il s’inscrit, pour les Américains, dans la compétition technologique, militaire et économique avec la Chine. C’est ici qu’il faut souligner la place de la RDC dans cette rivalité entre grandes puissances.

Joseph Kabila sur les traces de Moise Tshombe

En effet, le Congo est le premier producteur mondial de cobalt et de coltan, et le deuxième producteur mondial de cuivre. Dans ce contexte, le rôle de l’État devient essentiel : face à la compétition entre grandes puissances, il reste un pilier incontournable.

Contrairement au projet de balkanisation de la RDC porté par les globalistes et certaines grandes puissances, l’accord de partenariat vient rétablir l’État congolais dans son rôle d’acteur géopolitique central en Afrique. À cet égard, Alain Bauer, géopolitologue français, place la RDC parmi les cinq puissances émergentes du XXIe siècle.

Au regard de ces éléments, l’aventure de Joseph Kabila apparaît comme une fête de courte durée, vouée à l’échec.

Elle le place sur les traces de Moïse Tshombe qui, après avoir fait sécession au Katanga en 1961, fut abandonné par ses parrains belges. Une bonne leçon d’histoire pour les uns et les autres.ACP/

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