RDC : refusons le piège du poison ethno-tribal (Tribune de Julien Paluku)

​En République Démocratique du Congo, loin d’être un problème, la multiplicité ethnique est plutôt une richesse culturelle. Ces différentes catégories traduisent une richesse inestimable et une dynamique socio-économique favorable au développement du pays. ​

On dirige la RDC parce qu’on a reçu la confiance du peuple congolais. De Joseph Kasa-Vubu à Félix-Antoine Tshisekedi, personne n’a dirigé ce pays par la force de son appartenance ethnique ou tribale. Voilà pourquoi le recours aux fibres ethniques dans la gestion du pouvoir est un dangereux raccourci. C’est ce même instrumentalisme qui a ensanglanté le Rwanda en 1994, où Hutu et Tutsi se sont massacrés à une échelle d’une cruauté inédite en Afrique.

Cette violence s’est ensuite transposée en RDC dès 1996 avec la première entrée des troupes rwandaises.

Depuis lors, Kigali et ses affidés — qu’ils soient Congolais ou pro-rwandais — distillent des discours ethniques au sein d’une Nation qui compte plus de 450 ethnies, contrairement au Rwanda qui n’en compte que deux.

Pour accentuer ces fractures, ces proxys du Rwanda propagent aujourd’hui des récits victimaires prétendant, par exemple, que « les swahiliphones sont marginalisés ».

En ma double qualité d’acteur politique et de chercheur spécialisé dans les conflits de la région des Grands Lacs, j’affirme haut et fort : il n’existe pas de conflits structurels entre swahiliphones, lingalaphones, kongophones ou lubaphones.

Il ne faut pas confondre « tension » et « conflit » : la première traduit une méfiance, une rivalité ou un désaccord qui relève de la dynamique de groupe, tandis que le second est un processus dynamique, manifeste, structuré et qui débouche souvent sur une confrontation, une escalade ou une violence — ce qui n’est pas le cas entre les quatre groupes sociologiques cités. Ce raccourci tribal, auquel recourent certains acteurs en manque d’arguments, est un poison qu’il faut combattre et éradiquer sans délai.

Les Tutsi, minoritaires au Rwanda et au Burundi, ne le sont pas en RDC au sens d’une catégorie à part. Il faut cesser d’instrumentaliser cette question : les Congolais d’appartenance Tutsi vivent paisiblement aux côtés de leurs concitoyens.

En revanche, qu’il s’agisse d’un Nande, d’un Hutu, d’un Luba, d’un Kongo, d’un Rund, d’un Muluba-Kat, d’un Shi, d’un Lega, d’un Fulero, d’un Lendu, d’un Budu, d’un Hema… ou d’un Tutsi qui rejoint une rébellion contre sa propre patrie, le crime reste le même et doit être condamné avec la même fermeté. Aucune ethnie ne dispose d’un blanc-seing pour se rebeller contre son pays, de même qu’aucune communauté ne doit porter une culpabilité collective pour les actes d’un individu.

Déjà lorsque j’étais Gouverneur du Nord-Kivu (2007-2019), je le disais — et je le répète aujourd’hui à ceux qui m’entendent : « Il n’y a pas une communauté de criminels, mais il y a des criminels dans chaque communauté. » Il faut donc savoir faire la part des choses. Et d’ajouter : « Personne n’a choisi de naître dans sa communauté. Que vous soyez Hutu, Tutsi, Hunde, Nyanga, Nande… soyez-en fiers ! »

Ceci constitue une mise au point ferme à l’attention de ceux qui arpentent le monde pour imposer une grille de lecture ethno-tribale à notre Nation.

La République appartient à tous les Congolais dans leur diversité culturelle, qui demeure une richesse inépuisable. L’urgence est d’élever le débat autour des véritables enjeux : la gouvernance de notre pays et les stratégies concrètes pour mener la RDC vers l’émergence.

Se recroqueviller dans des considérations partisanes ou tribales est un recul inacceptable dans un monde globalisé.
ACP/C.L.

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