Kinshasa, 24 avril 2026 (ACP).- Un paiement de 4 millions de dollars américains a été effectué en faveur de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), sans l’aval du conseil d’administration du Fonds d’ indemnisation (FRIVAO), a révélé vendredi , le président de cette structure, lors d’une audience de la Cour d’appel de la Gombe, au Nord de Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC)
« Le conseil d’administration n’avait jamais validé ce paiement de 4 millions de dollars, il n’était même pas au courant du projet. Il avait rejeté au motif qu’il n’avait pas tous les dossiers possibles, mais aussi que ce projet ne pouvait pas passer par le fonds du Frivao », a déclaré Dismark Kitenge président a.i du conseil d’administration du Frivao.
Selon ce dernier, ce décaissement concernait un projet d’un jardin zoologique dans la province de la Tshopo, qui ne relevait pas des missions du fonds destiné à l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda.
« Mais aussi le ministère de la Justice avait déjà 18% de la quotité de l’État qui était dédiée aux dégâts des ressources naturelles », a-t-il ajouté.
À la même audience, Teddy Lwamba, Directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), entendu en qualité de témoin, est revenu sur le contrat signé entre le Frivao et la société Congo Energy pour la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de la Tshopo.
« En matière contractuelle, le ministère des Ressources hydrauliques n’est pas compétent. C’est le ministère du Portefeuille qui en est chargé », a-t-il déclaré, précisant avoir relevé des irrégularités dans la procédure.
Pour sa part, le prévenu Chancard Bolukola, ancien Coordonnateur a i du Frivao, a soutenu que la sélection de la société Congo Energy avait été décidée par l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba.
« C’est le ministre Mutamba qui avait sélectionné la société Congo Energy et celui qui avait donné l’ordre d’effectuer ce paiement », a-t-il affirmé.
Par ailleurs, des irrégularités ont également été évoquées dans le contrat liant le Frivao à la société Divo Sarl pour la production d’un film sur le Genocost.
S’agissant de la société Divo Sarl, le contrat initial s’élevait à 640.000 USD. Cependant, un montant total de 1.024.000 USD a été versé, consécutivement à un paiement erroné.
Selon Rudy Molamba, directeur général de DIVO SARL, environ 80 % du trop-perçu a déjà été remboursé, soit 350.000 USD versés en trois tranches de 150.000, 100.000 et 100.000 USD.
« La somme de 512000 dollars avait été versée le 16 juin 2024 sur le compte du Frivao et puis 640.000 », a déclaré le directeur général de Divo Sarl.
Le directeur général de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) a, de son côté, indiqué que ce paiement était intervenu avant l’aval de l’autorité compétente.
« Divo a perçu l’argent avant l’aval de la DGCMP, qui est l’autorité de régulation des marchés publics », a-t-il déclaré.
Au cours des débats, le prévenu Bolukola a sollicité la comparution de l’ancien président du conseil d’administration du Frivao afin d’éclairer la cour.
« Mme le président, votre honneur, si vous pouvez faire comparaître l’ancien PCA du Frivao pour venir éclairer la cour », a soutenu le prévenu.
S’opposant à cette demande, le magistrat du parquet général près la Cour d’appel a estimé qu’elle était sans objet.
« Toutes les procédures à l’audience n’ont qu’un seul objectif : amener la lumière à la cour. Tout le travail fait par l’ancien PCA est conservé par écrits. C’est une demande inutile qui n’apportera rien à la lumière de la cour », a déclaré le magistrat du parquet général
« En principe, c’est l’ancien ministre de la Justice qui devrait être appelé à comparaître. Cette demande doit être rejetée, la cour ne doit pas en prendre acte », a-t-il ajouté.
Pour sa part, l’avocat du prévenu Bolukola a insisté sur le caractère légal de cette requête.
« L’article 19 de la Constitution garantit le droit de la défense. C’est une demande légale, raison pour laquelle nous réitérons qu’elle doit être prise en compte par la cour », a plaidé l’avocat.
L’affaire a été renvoyée au 30 avril pour complément d’instruction et la tenue des plaidoiries des parties.
ACP/ ODM

