Kinshasa, 30 juin 2026(ACP).- Le placement des enfants en milieux fermés demeure la réponse réflexe la plus fréquemment appliquée au mineur en conflit avec la loi en République démocratique du Congo (RDC), selon une étude intitulée « Perceptions et réalités du placement des enfants en conflit avec la loi en milieu fermé : Enjeux sociaux et institutionnels à Kinshasa », a appris l’ACP mardi, de l’auteur.
« L’étude révèle que face à une carence institutionnelle généralisée (absence d’établissements de garde et d’éducation des enfants (EGEE) et à une asphyxie financière des structures d’accueil en milieu ouvert (ONG), le placement en milieux fermés (Prison de Makala ou cachots dits « amigos ») s’impose comme une réponse réflexe et par défaut dans la justice juvénile », a déclaré Me Parfait Kivumu, auteur.
Et d’ ajouter : « Pour explorer les représentations et les logiques des acteurs de terrain, tels que les juges, policiers, avocats, greffiers et travailleurs sociaux, notre recherche s’est s’appuyée sur une triangulation méthodologique, notamment par des entretiens non-directifs, observation directe et analyse documentaire ».
Il a fait savoir que loin de sa vocation éducative et thérapeutique d’ultime recours, le placement en milieu fermé est réinterprété par les acteurs comme un outil de gestion de l’insécurité urbaine (phénomènes Kuluna et Shegués), un refuge contre la justice populaire, un déversoir pour des familles démunies en plein effondrement socio-économique, ou encore un levier de négociation procédurale.
L’analyse, a-t-il expliqué, met en lumière les paradoxes d’un système où certains enfants en conflit avec la loi préfèrent le milieu carcéral à la précarité de la rue pour satisfaire leurs besoins vitaux, tout en démontrant, sous le prisme de la criminologie critique, comment l’enfermement produit une usine à délinquance.
Par ailleurs, marqué par le traumatisme institutionnel, la contamination criminelle et un étiquetage social destructeur (enfant sorcier, criminel cynique), l’enfant post-placement subit une réintégration ratée qui le condamne, par instinct de survie, au cercle vicieux de la récidive.
Cet article, a-t-il dit , vient de paraître aujourd’hui dans la revue Ziglôbitha en Côte d’Ivoire, une revue des Arts, Linguistique et Civilisations, portée par un comité scientifique international et pluridisciplinaire de haut niveau.
L’étude de Me Kivumu, masterant à l’école de criminologie de l’Université de Kinshasa (Unikin), adopte une approche constructiviste et interpretativiste. Elle analyse l’écart abyssal et critique entre les ambitions protectionnelles de la législation congolaise en matière de protection de l’enfant et les pratiques réelles des acteurs de la justice juvénile à Kinshasa.
D’après l’auteur qui est également directeur du bureau de recherche en droit de l’enfant (Brede), structure basée à Kinshasa en RDC,. Il s’agit d’une revue scientifique indexée dans plusieurs bases de données académiques.
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