RDC : ouverture du procès d’un officier supérieur militaire poursuivi pour trahison

Kinshasa, 20 décembre 2025 (ACP).– Le procès du lieutenant général Philémon Yav, ancien commandant de la 2ᵉ région militaire dans le Haut-Katanga, poursuivi pour trahison et avoir entretenu des intelligences avec une puissance étrangère, s’est ouvert vendredi devant la Haute cour militaire siégeant à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

« Dans le territoire de Rutshuru, province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, entre les mois de mai et juin 2022, sans préjudice de dates certaines, période non encore couverte par le délai légal de prescription, étant Congolais, le lieutenant général Philémon Yav est poursuivi pour trahison, pour avoir entretenu des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la RDC », a lu le colonel Jeanne Françoise Ngalula, greffière en chef.

Poursuivant sa lecture de l’extrait de rôle, elle a indiqué qu’il est reproché au prévenu d’avoir, alors qu’il était commandant de la 3ᵉ zone de défense et commandant des opérations militaires dans la province du Nord-Kivu, présenté au général-major Peter Chirimwami Kuba, de son vivant, un message : « ce Chirimwani-là retarde sérieusement notre projet »,  émanant du nommé Célestin Senkoko, secrétaire particulier du général James Kabarebe, de la République du Rwanda, pays accusé d’appuyer les terroristes du M23.

La greffière a indiqué en outre, que le prévenu est également reproché d’avoir, à Goma, ville et chef-lieu de la province du Nord-Kivu, au cours du mois de mars 2022, incité un ou plusieurs militaires à commettre des actes contraires à leur devoir.

« En l’occurrence, s’être, dans les circonstances de lieu ci-dessus, lors d’une entrevue tenue à l’hôtel Serena, adressé au général de brigade Évariste Mwewu Lumbu en ces termes ; + Mwewu, comment toi, un général, tu es tout le temps au front en train de combattre. Tu ne sais pas que la victoire ou le succès que tu peux remporter au front va profiter à ces Bangala ? Toi, on ne te verra pas+ », a poursuivi la greffière.

À l’audience d’ouverture, d’autres officiers militaires et policiers, non magistrats, se sont constitués membres de la composition. Le ministère public, le lieutenant général Likulia Bakumi Lucien-René, auditeur général des FARDC, a demandé qu’ils prêtent serment, conformément à l’article 27 du Code judiciaire militaire.

« Monsieur le président, comme le stipule l’article 27 du Code judiciaire militaire, les membres non magistrats des juridictions militaires prêtent serment lors de leur première audience. Ils jurent de remplir loyalement leurs fonctions, de garder le secret des délibérations et de juger avec équité », a déclaré le ministère public.

Le ministère public a, par ailleurs, souligné qu’il résulte de l’instruction préparatoire des charges suffisantes pour motiver le renvoi du prévenu devant la juridiction de jugement.

« Nous renvoyons ce jour le prévenu lieutenant général Philémon Yav devant la Haute cour militaire pour y être jugé conformément à la loi », a déclaré le lieutenant général magistrat Lucien-René Likulia Bakumi dans sa décision de renvoi.

Après la prestation de serment, le tribunal a procédé à l’identification du prévenu, qui a comparu en personne, assisté de son conseil.

Les avocats de la défense ont déposé un nouveau mémoire sollicitant la liberté provisoire, après ceux introduits en 2023 et 2024. Dans ce document, la défense soulève notamment l’incompétence de la juridiction dans l’affaire.

« La défense du lieutenant général Yav rassure la Haute cour militaire qu’en dehors du mémoire déposé ce jour, aucun autre ne sera introduit », a déclaré un avocat membre du collectif.

La défense a également annoncé disposer d’une liste de témoins qu’elle va communiquer afin de permettre aux huissiers de procéder à leur convocation.

« Le greffier doit retrouver la liste des témoins du parquet, et la défense devra également communiquer la sienne afin de permettre aux huissiers d’aller chercher les témoins », a indiqué le premier président de la Haute cour militaire. L’affaire a été renvoyée à l’audience du 6 janvier 2026.

Arrêté le lundi 19 septembre 2022, le lieutenant général Philémon Yav avait été transféré à la prison centrale de Makala. Au moment de son interpellation, il commandait un vaste espace opérationnel couvrant cinq provinces du pays : le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.

ACP/C.L.

Fil d'actualités

Sur le même sujet