Trois questions à Nadine Kampire, coordonnatrice  de media Afia-Amani Grands-Lacs  sur l’éducation numérique en temps de crise

Nadine Kampire, coordonnatrice  de media Afia-Amani Grands-Lacs

Kinshasa 2 avril 2026 (ACP)– Un colloque  dénommé « Ukweli summit » a été organisé  du 30 au 31 mars à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC) sous le thème : « Repenser l’information en temps de crise, l’intelligence artificielle et l’éducation numérique pour les cinq prochaines années » sur la conception de la note de plaidoyer pour la lutte contre la désinformation. C’est dans ce cadre que l’ACP a approché  Mme Nadine Kampire, Co-organisatrice de ce colloque pour en savoir plus sur l’éducation numérique  en temps de crise.

ACP 1 : qu’est-ce que nos lecteurs peuvent comprendre de l’éducation numérique en temps de crise, après le colloque  » Ukweli summit  » ?

Nadine Kampire : Ce que je retiens avant tout, c’est que l’éducation numérique est devenue une urgence. En période de crise, l’information circule très vite, mais elle n’est pas toujours fiable. Et sans outils pour la décrypter, les citoyens deviennent vulnérables à la manipulation.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de savoir utiliser les réseaux sociaux, mais de comprendre comment l’information est produite, diffusée et parfois manipulée. L’éducation aux médias et à l’information doit permettre aux citoyens de développer un esprit critique, de vérifier les sources et d’éviter de relayer des contenus trompeurs.

Le sommet a aussi mis en lumière l’importance de cibler les jeunes, notamment dans les universités, parce qu’ils sont au cœur de cet écosystème numérique en constante évolution.

ACP 2 : après plusieurs interventions lors du colloque, à quel  niveau évaluez-vous la désinformation qui menace parfois la cohésion nationale et qu’est-ce que le Code du numérique peut apporter pour éradiquer ce fléau ?

Nadine Kampire : Le niveau de désinformation est aujourd’hui très préoccupant. On n’est plus face à des cas isolés, mais à des dynamiques parfois structurées, qui peuvent influencer l’opinion publique, attiser les tensions et fragiliser la cohésion nationale.

Dans des contextes sensibles comme ceux que connaît la RDC, notamment dans certaines zones en crise, la désinformation peut avoir des conséquences directes sur la sécurité et la stabilité.

Le Code du numérique peut jouer un rôle important en établissant un cadre légal clair. Il permet de responsabiliser les acteurs, de réguler certains contenus et de prévoir des mécanismes de sanction en cas d’abus.

Cependant, il faut être lucide : la réponse ne peut pas être uniquement juridique. Elle doit aussi être éducative, technologique et collaborative.

ACP  3 : dans les recommandations formulées, il a été relevé que le Code numérique congolais reste, pour les autorités, l’outil de dissuasion aux dérives observées souvent dans les réseaux sociaux? Qu’en dites-vous ?

Nadine Kampire : Oui, dans une certaine mesure. Le Code du numérique peut effectivement dissuader certaines dérives, notamment les discours de haine, la désinformation intentionnelle ou le harcèlement en ligne.

Mais il est essentiel de ne pas réduire cet outil à une logique purement répressive. L’enjeu est de trouver un équilibre entre la régulation nécessaire et la protection de la liberté d’expression.

Ce que j’ai particulièrement apprécié à Ukweli Summit, c’est cette approche globale qui a été défendue : renforcer l’éducation numérique, soutenir les initiatives de fact-checking, développer des solutions locales adaptées à nos réalités, et encourager la responsabilité collective.

Le Code du numérique doit s’inscrire dans cette dynamique. Il ne doit pas être la seule réponse, mais un levier parmi d’autres pour construire un espace numérique plus sain et plus fiable.

ACP/C.L.

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