Kinshasa, 26 août 2025 (ACP).- Les boucles d’oreilles considérées comme les accessoires dans l’esthétique féminine congolaise, ont occupé une place de choix dans la parure des femmes à Kinshasa et à travers la République démocratique du Congo, tant dans les milieux traditionnels que modernes, ont relevé mardi des sociologues et stylistes lors d’un échange avec l’ACP.
«Porter une boucle d’oreille, chez la femme congolaise, c’est affirmer sa féminité, son identité, et souvent sa maturité», a expliqué Mme Gisèle Mbayo, styliste et promotrice d’un salon de mode à Kinshasa.
À Kinshasa, comme dans plusieurs régions du pays, les boucles d’oreilles ne sont pas seulement perçues comme des objets de parure, mais également comme des symboles d’appartenance, de statut social et parfois même de rites initiatiques.
Héritage africain et diversité culturelle
D’après des recherches menées par l’ACP, en RDC chaque ou tribu a sa manière d’interpréter le port des boucles d’oreilles. Chez les Luba et les Kongo, par exemple, elles sont parfois associées à la noblesse ou à des étapes de la vie de la femme, comme le passage à l’âge adulte.

À l’Est du pays, dans certaines communautés, les boucles d’oreilles sont offertes aux jeunes filles lors des cérémonies de dot ou de fiançailles.
À l’échelle continentale, les boucles d’oreilles ont toujours été présentes dans les traditions africaines. Dans l’Égypte antique, les femmes (et parfois les hommes) portaient des boucles en or ou en cuivre, symboles de pouvoir et de richesse. En Afrique de l’Ouest, chez les Peuls ou les Touaregs, elles sont synonymes d’élégance et de distinction sociale.
Histoire qui remonte à l’Antiquité
Selon des historiens, la première trace du port de boucles d’oreilles remonterait à plus de 4.000 ans avant Jésus-Christ en Asie et en Afrique. L’une des plus anciennes représentations connues est celle d’une femme sumérienne retrouvée avec des anneaux d’or aux oreilles, preuve que cette pratique était déjà répandue dans les sociétés antiques.

Dans les civilisations anciennes, les boucles d’oreilles servaient également à indiquer l’appartenance à une caste ou à une classe sociale. Leur forme, leur taille et leur matière variaient en fonction de l’identité ou du rang de la personne qui les portait.
Symbolisme et fonctions multiples
Aujourd’hui, au-delà de leur fonction esthétique, les boucles d’oreilles sont devenues un moyen d’expression. Elles traduisent souvent la personnalité, l’humeur ou même les convictions d’une femme.
«Les femmes les portent pour se sentir belles, confiantes et parfois pour se conformer à des normes sociales ou religieuses», a indiqué la sociologue Léonie Wemba, tout en soulignant l’évolution des styles des anneaux traditionnels aux créations modernes en perles, bois, cuivre, argent ou or.
L’aspect religieux ou spirituel n’est pas à négliger. Dans certaines communautés, les boucles sont aussi perçues comme des talismans ou des objets protecteurs. Chez les femmes chrétiennes et musulmanes en RDC, leur usage est souvent accepté, bien que parfois limité selon les contextes.
Modernité et tradition
Dans les milieux urbains congolais, les boucles d’oreilles suivent les tendances mondiales de la mode. Mais en zones rurales, elles conservent encore leurs fonctions traditionnelles. Les stylistes congolais travaillent désormais à réconcilier ces deux mondes en proposant des modèles inspirés de la culture locale, revisités avec une touche contemporaine.
ACP/ODM

