«Les casseurs de pierre » : un artiste revisite la peinture populaire congolaise

Kinshasa, 28 août 2026 (ACP).-L’histoire de la peinture populaire congolaise dans une œuvre symbolique où les pionniers brisent un roc représentant les obstacles a été expliquée vendredi à Kinshasa en République démocratique du Congo(RDC) par un critique d’art lors d’une visite dans sa galerie.

« L’artiste peintre Jean-Paul Nsimbamika, dit JP Mika a revisité, son tableau +Les casseurs de pierre de la peinture populaire du Congo+avec des pinceaux deviennent des instruments de conquête, de résistance et de transmission », a indiqué John Bongenya, un critique d’art.

« Cette œuvre est analysée est considérée comme une véritable métaphore de la conquête, de la rupture et de la transmission qui ont marqué l’évolution de la peinture populaire congolaise », a-t-il ajouté.

« Dès le fond, le ciel bleu, traversé de nuages clairs, ouvre l’espace vers une dimension mythologique », a relevé John Bongenya, qui voit également dans la végétation sombre une assise terrestre contrastant avec la lumière du ciel et permettant de focaliser le regard sur la scène centrale.

Au cœur de la composition se trouve un imposant roc.

Pour le critique d’art, cette masse pierreuse constitue une « résistance historique », représentant les obstacles, les préjugés et les barrières auxquels les artistes populaires ont dû faire face avant d’imposer leur propre langage artistique.

Autour de cette pierre, les personnages apparaissent dans des attitudes de frappe, d’effort et de détermination.

Le geste pictural se transforme alors en geste de combat. Les pinceaux deviennent presque des marteaux, donnant à l’acte de peindre une dimension de conquête.

John Bongenya a identifié dans cette scène une véritable bataille esthétique, où chaque coup de pinceau participe à la destruction progressive des frontières qui limitaient l’expression des artistes populaires.

Le centre de tension de l’œuvre se situe précisément autour du roc et de l’ouverture par laquelle surgit JP Mika.

Cette percée représente, selon l’analyse du critique d’art, « le moment décisif de la narration ».

Après les coups répétés des pionniers, la pierre finit par céder, permettant au peintre d’émerger de l’héritage laissé par ceux qui l’ont précédé.

« Le peintre ne se place donc pas au-dessus des anciens, mais au milieu de l’héritage qu’ils ont rendu possible », a expliqué le critique d’art pour qui le surgissement de JP Mika matérialise la nouvelle génération appelée à poursuivre le chemin ouvert par les pionniers.

Les figures de Check Ledy, Maître Sims, Chéri Samba, Shula Monsengo, Sim Simaro, Chéri Chérin, Chéri Benga, Papa Moke Monsengwo Kejwamfi, Ange Kumbi, Pierre Bodo et Papa Emma constituent, dans cette lecture, une véritable confrérie de bâtisseurs.

À cette constellation s’ajoute Badibanga Nemwine Célestin, dont la présence est interprétée comme une force supplémentaire venant renforcer « leurs bras et leurs pinceaux ».

Ces artistes ont, selon le John Bongenya, défié sans complexe d’infériorité les artistes issus de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa.

Cette confrontation inattendue est représentée par JP Mika sous la forme d’un combat de boxe, dans lequel les coups de pinceau deviennent autant de coups portés contre les frontières esthétiques et institutionnelles.

Pour le critique d’art, l’originalité de l’œuvre réside également dans sa capacité à réécrire l’histoire de la peinture populaire congolaise.

Les artistes représentés ne sont plus de simples acteurs d’une époque : ils deviennent des « héros fondateurs », dont le combat a contribué à ouvrir de nouveaux espaces de création.

Le roc brisé acquiert ainsi une valeur d’archive visuelle.

Les corps, les gestes, les couleurs et les pinceaux deviennent les éléments d’une mémoire collective qui raconte autrement l’évolution de la peinture populaire congolaise.

L’œuvre de JP Mika apparaît dès lors comme une réflexion sur la succession des générations artistiques.

Elle rappelle que toute création contemporaine s’inscrit dans une histoire faite de conquêtes, de résistances et de transmissions.

« Briser le roc, c’est ouvrir la possibilité de créer, d’exister et de transmettre », a conclu en substance, John Bongenya, qui voit dans cette œuvre une reconnaissance du combat mené par les pionniers et un appel adressé aux générations actuelles à poursuivre le travail engagé.
ACP/K
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