Kinshasa, 05 novembre 2025 (ACP).– Les Sakata, l’un des plus anciens peuples du Mai-Ndombe en République démocratique du Congo, ont été qualifiés de gardiens du fleuve Congo et du savoir ancestral pour leur capacité à préserver leur identité malgré le passage du temps, a indiqué mercredi un historien à l’ACP.
«Les Sakata ont su préserver leur identité malgré le passage du temps. Leur territoire, leurs traditions et leur attachement à la nature font d’eux de véritables gardiens du fleuve et du savoir ancestral de la République démocratique du Congo », a déclaré Roland Mulumba, historien congolais.
«Les Sakata croient en un monde spirituel peuplé d’ancêtres protecteurs. Leurs rites initiatiques tels que le ngongo pour les jeunes garçons visent à transmettre le respect, le courage et la discipline. La danse et le tambour accompagnent ces cérémonies, transformant chaque initiation en un moment de renaissance», a-t-il ajouté.
Selon lui, les sakata viendraient du nord-ouest du Congo. «Les traditions orales de ce peuple racontent que leurs ancêtres viendraient du nord-ouest du Congo, probablement du bassin du fleuve Congo, avant de s’établir entre les rivières Fimi, Lukenie et Mfimi (…). Ces migrations, qui remontent à plusieurs siècles, furent motivées par la recherche de terres fertiles, de forêts abondantes et d’un espace paisible pour vivre loin des conflits inter-ethniques», a expliqué l’historien.
Et de poursuivre : «Ils s’installèrent dans les zones fluviales, construisant des villages sur pilotis et développant une relation intime avec l’eau, qu’ils considèrent comme sacrée».
Roland Mulumba a, par ailleurs, évoqué la particularité du peuple sakata, qui est incarnée par la fidélité à la parole donnée.
« Chez les Sakata, la parole donnée a valeur de loi. C’est pourquoi on dit souvent : “Sakata azali moto ya lokumu na maloba” qui veut dire, le Sakata est un homme d’honneur dans ses paroles (…). Ils se distinguent par une société hiérarchisée autour du chef coutumier, détenteur de l’autorité spirituelle et politique. La transmission du savoir s’effectue par la parole : proverbes, contes, chants et danses sont autant de moyens d’éducation », a-t-il souligné.
Il a également démontré la puissance de la langue du peuple sakata.
«Leur langue, le kisakata, fait partie du grand groupe bantou et partage des similitudes avec le kikongo et le teke. Elle véhicule une riche symbolique et reste aujourd’hui un marqueur identitaire fort, même chez les jeunes qui migrent vers Kinshasa», a-t-il conclu.
Mulumba Ndiadia est historien, assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Kinshasa, et doctorant à l’Université McGill. Ses travaux portent sur l’histoire politique contemporaine de l’Afrique, les relations internationales, ainsi que les questions militaires, identitaires et de gouvernance. Il est auteur et co-auteur de plusieurs publications scientifiques, dont des articles sur la rivalité sino-américaine en Afrique centrale, les relations diplomatiques entre l’Afrique et Haïti, et les enseignements des conflits pour la RDC. ACP/UKB

