Kinshasa, 21 août 2026 (ACP).-La société contemporaine est progressivement entrée dans une ère où l’émotion tend à s’imposer comme une force dominante, reléguant la raison, la réflexion et l’esprit critique au second plan, selon un opérateur culturel contacté vendredi par l’ACP depuis Kinshasa, en République démocratique du Congo(RDC).
« Nous sommes désormais profondément plongés dans une ère où l’émotion s’impose comme la force dominante, reléguant la raison au second plan », a relevé Winan Mignon estimant que cette transformation mérite une réflexion collective sur l’évolution des valeurs sociales.
Selon le culturel, cette évolution est notamment favorisée par l’omniprésence de la communication instantanée et la montée en puissance des réseaux sociaux, qui ont profondément transformé les modes d’expression, d’interaction et de perception de la réalité.
Dans cet environnement marqué par la rapidité de l’information, a-t-il dit, le ressenti personnel, souvent subjectif et immédiat, tend à prendre le dessus sur le raisonnement réfléchi.
« L’émotion est devenue, dans de nombreux cas, le principal critère à partir duquel les individus évaluent les événements, les personnes et les situations », a soutenu M. Mignon.
À l’en croire, à l’ère des réseaux sociaux, l’image projetée semble parfois prendre le dessus sur la véritable personnalité de l’individu.
La prédominance du paraître contribue, selon l’opérateur culturel, à construire une réalité dans laquelle la perception extérieure devient plus importante que l’authenticité.
« L’individu est alors appelé à présenter une image susceptible de susciter l’adhésion, l’approbation ou l’émotion immédiate du public », a-t-il dit, avant de souligner que cette situation peut conduire à une transformation profonde des comportements sociaux, dans la mesure où la recherche de visibilité et de reconnaissance tend à influencer les choix, les discours et même les relations humaines.
La nécessité de préserver l’esprit critique
Face à cette évolution, Winan Mignon a appelé implicitement à réhabiliter la réflexion, la sincérité et la profondeur dans les échanges sociaux.
Pour M. Mignon, l’émotion ne devrait pas nécessairement être opposée à la raison, mais plutôt trouver un équilibre avec celle-ci.
Il a, par ailleurs, fait savoir que la multiplication des plateformes numériques offre certes de nouvelles possibilités d’expression et de communication, mais elle exige également davantage de discernement de la part des utilisateurs.
La capacité à vérifier une information, à prendre du recul et à distinguer le fait de l’opinion apparaît dès lors comme un enjeu majeur.
L’opérateur culturel a estimé que la société doit éviter de faire de l’émotion immédiate une vérité absolue.
Une réflexion approfondie, a-t-il renchéri, demeure nécessaire pour préserver la qualité du débat public et des relations humaines.
Vers une redéfinition des valeurs
Cette domination progressive de l’émotion et du paraître participe, plus largement, à une redéfinition des valeurs sociales.
L’opérateur culturel a, en outre, expliqué que les critères de réussite, de reconnaissance et de popularité évoluent sous l’influence d’un environnement numérique où la visibilité peut parfois être considérée comme une fin en soi.
Dans ce contexte, la sincérité, l’authenticité, la profondeur intellectuelle et la capacité à écouter l’autre risquent d’être reléguées au second plan au profit de réactions rapides et de jugements instantanés.
Winan Mignon a indiqué que cette réalité interpelle particulièrement les acteurs culturels, appelés à contribuer à l’éducation du goût, à la transmission des valeurs et au développement de l’esprit critique.
Poursuivant, il a révélé que la culture, au-delà du divertissement, peut constituer un espace privilégié de réflexion sur les mutations de la société, en devenant nécessaire, selon cette approche, de réhabiliter une culture du dialogue, de la nuance et de la réflexion afin que l’émotion demeure une composante de l’expérience humaine sans devenir l’unique référence permettant de définir la vérité.
L’enjeu consiste finalement à parvenir à un équilibre entre l’émotion et la raison, entre l’image et l’être, afin de préserver des rapports sociaux fondés sur l’authenticité, la sincérité et la profondeur, a-t-il conclu.
ACP/K/LZN

