RDC : un chercheur appelle à préserver le sens culturel de la dot traditionnelle

Kinshasa, 21 juillet 2026 (ACP).- La pratique de la dot en République démocratique du Congo (RDC) s’est éloignée de sa vocation traditionnelle pour prendre des allures de transaction commerciale dans plusieurs communautés, appelant à un débat national pour préserver son sens originel, a soutenu mardi à Kinshasa un chercheur indépendant en histoire contemporaine lors d’un entretien.

« Les allures de la dot comme d’une transaction commerciale ont connu une profonde transformation dans certaines régions du pays, où les exigences liées à la dot se sont considérablement accrues », a indiqué Félix Kiluya Mumba Mwape, chercheur en histoire contemporaine.

Selon ce chercheur, dans les sociétés africaines traditionnelles, la dot constituait avant tout un symbole d’alliance entre deux familles, fondé sur le respect, la reconnaissance mutuelle et l’engagement du futur époux, sans jamais représenter le ‘‘prix’’ de la femme.

« Chez nos ancêtres, le mariage unissait deux personnes, mais également deux familles, voire deux clans. La dot était composée de biens symboliques adaptés aux coutumes de chaque peuple et ne visait nullement à enrichir la famille de la future épouse », a-t-il expliqué.

M. Kiluya a cité notamment des listes comprenant d’importantes sommes d’argent, des appareils électroménagers, des motos, des meubles, des matériaux de construction ou encore des groupes électrogènes, transformant parfois les négociations en véritables tractations commerciales.

Pour lui, cette évolution entraîne des conséquences sociales importantes, notamment le report du mariage par de nombreux jeunes faute de ressources financières, l’endettement de certains candidats au mariage ainsi que la multiplication des unions non officialisées, susceptibles de fragiliser la cellule familiale.

Face à cette situation, le chercheur plaide pour l’ouverture d’un débat national associant les pouvoirs publics, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les représentants des communautés, afin de réfléchir à un encadrement de la pratique de la dot.

Il estime qu’un montant symbolique ou des limites raisonnables pourraient être envisagés pour préserver la portée culturelle de cette institution tout en limitant les abus, sans remettre en cause son existence.

Le chercheur a également invité les familles à renouer avec les valeurs de solidarité et de dignité qui caractérisaient les traditions ancestrales, rappelant que la valeur d’une femme ne saurait être déterminée par des biens matériels, mais par les principes moraux, le respect mutuel et l’amour qui fondent le mariage.

« Préserver la tradition ne signifie pas conserver ses dérives. Honorer nos ancêtres, c’est protéger l’esprit authentique de leurs coutumes. La dot doit rester un symbole d’union entre deux familles et non un obstacle à la fondation d’un foyer », a conclu Félix Kiluya Mumba Mwape. ACP/K/BA

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