Succession coutumière : l’anticipation, clé de la prévention des conflits, selon le chef traditionnel

Kinshasa, 20 juillet 2026 (ACP).- Le système de succession traditionnel du peuple Bashinjahavu-Bashaho, dans le Sud-Kivu, dans l’Est de la  République démocratique du Congo(RDC), est constitué d’un mécanisme efficace de prévention des conflits successoraux grâce à l’anticipation de la désignation de l’héritier, a affirmé l’un de ses chefs traditionnels, joint lundi par l’ACP depuis Kinshasa.

« La succession dans la culture Bashinjahavu-Bashaho est patrilinéaire, c’est-à-dire que l’héritier est choisi parmi les descendants masculins de la famille. Il existe toutefois des cas exceptionnels prévus par la coutume où un chef de famille peut déshériter un ou plusieurs de ses enfants en cas de faute grave », a déclaré le chef coutumier Iganda Kamole.

Selon lui, les règles de succession sont établies par le conseil de famille, en collaboration avec le père de famille, afin de déterminer les modalités de gestion des affaires familiales en cas de décès.

« Le successeur est choisi avant le décès du chef afin d’éviter les conflits successoraux », a-t-il souligné, estimant que cette anticipation écarte l’une des principales causes d’instabilité qui menacent les communautés.

Sa Majesté Iganda Kamole a expliqué que l’absence de désignation préalable de l’héritier ouvre souvent une période d’incertitude propice aux rivalités pour le pouvoir.

« Là où le pouvoir n’est pas attribué à l’avance, la disparition du dirigeant entraîne presque inévitablement une vacance qui devient le terrain de toutes les ambitions », a-t-il indiqué.

Le chef traditionnel a déploré que le moment du décès d’un chef constitue à la fois une période de deuil et de flottement institutionnel, durant laquelle l’ancien ordre disparaît alors que le nouveau n’est pas encore solidement établi.

« C’est précisément dans cet intervalle que naissent les conflits successoraux, souvent violents, qui ont détruit de nombreuses familles au cours de l’histoire. Plusieurs dynasties en Afrique, comme ailleurs, se sont affaiblies ou se sont effondrées non pas sous les attaques d’ennemis extérieurs, mais à cause de querelles internes liées à une succession mal préparée », a-t-il fait observer.

Pour le président du Mouvement pour la renaissance culturelle de l’Afrique, la désignation publique de l’héritier permet également d’identifier à temps les éventuelles contestations ou les tentatives d’usurpation du pouvoir.

« Ce système repose sur l’anticipation plutôt que sur la réaction. Les Bashinjahavu-Bashaho ont conçu un dispositif qui empêche le conflit de naître, au lieu d’attendre qu’il éclate pour tenter de le résoudre », a-t-il expliqué.

Poursuivant, sa Majesté Iganda Kamole a ajouté que cette prévoyance est profondément ancrée dans l’organisation sociale de la communauté et constitue un héritage collectif transmis de génération en génération.

Il a relevé que l’héritier désigné bénéficie d’une préparation progressive à l’exercice de ses futures responsabilités, notamment par sa formation, son initiation aux règles coutumières et sa présentation à la communauté, afin que son autorité soit reconnue avant son accession au pouvoir.

Juriste de formation, Sa Majesté Kamole est une autorité coutumière et culturelle Bushi et président du Mouvement pour la renaissance culturelle de l’Afrique.

La communauté Bashinjahavu-Bashaho compte plus d’un million de membres répartis dans les territoires de Kabare, Kalehe, Idjwi, Walungu, Mwenga et Masisi, ainsi que dans les villes de Bukavu, Goma et Kinshasa.

ACP/L/LZN

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