Kinshasa, 13 octobre 2026 (ACP).- Le Corridor de Lobito représente une opportunité stratégique pour la République démocratique du Congo (RDC), appelée à choisir notamment entre l’accélération des exportations de minerais bruts et la création d’emplois, a indiqué mardi à l’ACP un expert en partenariat public-privé (PPP).
« La RDC n’a pas besoin d’un corridor qui accélère seulement la fuite de ses richesses. Elle a besoin d’un corridor qui transforme le territoire, crée des emplois, soutient les petites et moyennes entreprises (PME) et prépare une économie post-minière », a déclaré Boniface Masheke, consultant international et expert en PPP.
Selon M. Masheke, le Corridor de Lobito, axe stratégique pour l’acheminement des ressources minières, risque de reproduire le modèle économique traditionnel congolais si sa vocation se limite à faciliter l’exportation du cuivre et du cobalt sans promouvoir leur transformation sur le territoire national.
« Un corridor peut créer de la richesse, mais sans politique publique volontariste, cette richesse peut simplement traverser le pays sans s’y arrêter », a-t-il averti, tout en préconisant une stratégie industrielle associant les infrastructures de transport au développement des entreprises locales.
Pour le consultant, cette orientation nécessite notamment des investissements dans l’énergie, la création de zones industrielles, le renforcement des compétences techniques et l’amélioration de la gouvernance économique.
« La valeur ajoutée ne naît pas spontanément. Elle se construit », a rappelé Boniface Masheke, qui insiste également sur le développement de la sous-traitance, de la logistique, de la maintenance industrielle et de la transformation des matières premières.
Pour garantir des retombées économiques au profit des populations congolaises, il a recommandé des mécanismes favorisant le contenu local, la formation professionnelle et les partenariats entre entreprises, universités et centres techniques.
« Un État sérieux ne se contente pas d’ouvrir un axe d’exportation ; il négocie les conditions de capture de la valeur », a-t-il souligné, appelant à des obligations de sous-traitance locale et à une fiscalité encourageant la transformation des ressources sur place.
Sans cette politique volontariste, d’après le consultant international, le Corridor de Lobito pourrait devenir « un succès technique, mais un échec stratégique », en augmentant les volumes de minerais exportés sans garantir une progression équivalente de l’emploi, de l’industrialisation et des revenus nationaux.
Au-delà de ses dimensions ferroviaire et logistique, ce corridor pose la question de la souveraineté économique de la RDC et de sa capacité à diversifier son économie grâce à ses ressources minières.
« La différence ne viendra pas du rail lui-même. Elle viendra de la vision politique qui l’accompagne », a conclu M. Masheke, estimant que le corridor doit devenir un instrument de transformation économique plutôt qu’une simple voie d’exportation des minerais.
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