Beni, 22 juin 2026 (ACP).- Le déni de la maladie à virus Ebola par la communauté à Beni, au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), est justifiable par les situations traumatiques presque endémiques dans la région, a soutenu dimanche, un psychologue.
«Le déni de la maladie à virus Ebola se justifierait par le fait que cette 17e épidémie de la souche Bundibugyo arrive dans un contexte déjà très compliqué et difficile pour la population de Beni. D’abord, les gens sont exposés à des massacres récurrents. Ensuite, le contexte politique, qui occasionne beaucoup de tensions, n’a pas permis à la population d’accepter l’apparition d’un nouveau problème», a expliqué Eraston Kasereka, psychologue et volontaire de la Croix-Rouge à Beni.Selon lui, la plupart des habitants réagissent par le déni, en refusant d’admettre l’existence de l’épidémie, pourtant bien réelle.
«C’est pourquoi vous allez voir des personnes non convaincues de l’existence de la maladie, alors qu’elles voient des malades et des gens mourir. Ce déni manifeste est une réaction normale d’une personne déjà exposée à une situation qu’elle a du mal à accepter», a-t-il précisé.
Partant des expériences du passé, ce professionnel de la santé a recommandé une approche communautaire afin de briser la barrière entre la population et les équipes de la riposte sur le terrain.
Cette méthode vise à mettre fin à la résistance déplorée dans certaines zones de Beni et de Butembo.
«Je pense que les quelques cas de résistance enregistrés par-ci par-là découlent d’abord du déni. Depuis la 10e épidémie, un certain nombre de personnes n’ont jamais accepté la réalité de la maladie. La deuxième cause réside dans les approches mises en place, notamment lorsqu’on choisit des personnes inconnues dans le milieu pour faire le suivi des contacts. Il serait préférable d’associer les communautés et les leaders locaux, tels que les responsables des parkings de mototaxis ou les associations de jeunes, pour que la population s’approprie la riposte», a estimé le psychologue Eraston Kasereka.
Pour stopper la chaîne de contamination de cette maladie hémorragique, il a recommandé à la population de faire confiance au personnel soignant et d’alerter les services de santé le plus vite possible pour sauver des vies.
«Tant que nous continuerons à nier l’existence de la maladie, celle-ci ne fera que nous attaquer et décimer notre communauté», a prévenu M. Kasereka.
Il a également invité le personnel de la riposte à améliorer sa communication, estimant que seule une bonne approche mettra fin à cette 17e épidémie de la souche Bundibugyo.
Par ailleurs, dans un communiqué officiel publié dimanche matin, le maire de la ville de Beni, le commissaire supérieur principal Nyofondo Tekodale Jacob, a lancé une sévère mise en garde contre toute entrave aux activités des équipes de la riposte, prévenant que tout récalcitrant sera arrêté et traduit en justice. ACP/K S/kms

