Kinshasa, 11 octobre 2026 (ACP).-Un plaidoyer pour l’augmentation du budget alloué à la santé mentale a été lancé samedi à Kinshasa, en République démocratique du Congo, par le directeur du Programme national de santé mentale (PNSM) à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée le 10 octobre de chaque année.
« L’OMS recommande à chaque pays d’avoir un budget d’au moins 2% consacré à la santé mentale. C’est l’effort collectif de nous tous. Selon les traités d’Abuja, 15% du budget doit être consacré à la santé globalement, mais 2% est censé être attribué à la santé mentale. Ici au pays, aujourd’hui dans notre budget, on est encore à moins de 0,5%. Il faut fournir des efforts », a déclaré le Dr Gedeon Samba ,directeur du PNSM.
Le Dr Samba a rappelé que selon l’OMS, la santé mentale est une composante du développement harmonieux entre l’individu, la société et la communauté. «La santé mentale fait partie des cibles des Objectifs de développement durable (ODD) que chaque pays est appelé à atteindre d’ici 2030», a-t-il poursuivi
Il a cependant ajouté que c’est l’avènement de la Covid-19 qui a révélé au monde l’importance de la santé mentale. Pendant la Covid, la pandémie à elle seule a augmenté de 25% dans le monde les cas de dépression et d’anxiété, selon l’OMS. Voilà pourquoi aujourd’hui les Nations Unies considèrent les programmes de santé mentale comme des industries de transformation, c’est-à-dire prendre des individus avec une santé mentale négative pour les ramener vers un sentiment positif », a-t-il expliqué.
Le directeur du PNSM a déploré que la RDC accuse toujours des déficits en termes d’organisation des soins de santé mentale et d’accès de la population aux soins psychosociaux.
Évoquant la lutte contre la stigmatisation, il a insisté sur la nécessité de faire parler les personnes ayant une expérience vécue. « La santé mentale reste stigmatisée au pays. Quand on parle de santé mentale, tout le monde pense à la folie. La santé mentale ne se résume pas à la folie, ce n’est qu’un aspect. Nous devons changer de paradigme », a-t-il souligné.
Définissant la santé mentale selon l’OMS comme « un état de bien-être qui permet à chacun de faire face aux tensions normales de la vie, de gérer le stress, de réaliser son potentiel, de travailler avec succès de manière productive et d’apporter sa pierre pour le développement de sa communauté », il a noté que le manque d’informations persiste. Une étude qualitative menée par l’UNICEF en 2022, incluant la RDC auprès des jeunes et adolescents, a révélé une mauvaise compréhension de la santé mentale.
Il a par ailleurs rappelé le rôle de la santé mentale dans la prévention et la réponse aux violences et aux urgences. « Si nous voulons réduire les conflits et les violences, il faut promouvoir la santé mentale. Lorsqu’on a une santé mentale positive, on n’est pas violent. La bonne santé mentale nous amène à avoir de meilleures relations sur le plan social », a-t-il dit, avant d’ajouter que le pilier santé mentale communautaire doit être renforcé dans la riposte aux épidémies, à l’instar d’Ebola.
Sur le plan économique, il a indiqué que l’économie mondiale perd 1000 milliards de dollars chaque année à cause des problèmes de dépression et d’anxiété, citant une étude en cours sur la dépression en milieu professionnel à Kinshasa qui révèle près de 40% de cas.
Concernant la prévention du suicide, il a affirmé: « Croire que le suicide n’existe pas dans nos milieux, c’est faux. Il y a beaucoup de cas de pensées suicidaires et de tentatives. Nous ne collectons pas les données, mais les cas sévissent ».
Il a enfin salué une avancée, à savoir la contribution du Fonds de promotion de la santé (FPS), agence gouvernementale de financement de la santé, à l’organisation de cette journée, pour la première fois.
« Si on intègre la santé mentale dans les soins de santé primaires, on va résoudre déjà 70% des cas. Environ 30% seulement seront référés au niveau le plus spécialisé », a-t-il conclu. Acp/ G Mak/P. Odia (SP)

