Kinshasa, 16 octobre 2026(ACP).- Le 27 août 2026, le Président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a annoncé la tenue prochaine d’un dialogue national axé sur la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Cette annonce a suscité de vives réactions de la part de l’opposition politique congolaise et des acteurs liés à l’AFC/M23, dans un contexte où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir cette rébellion.
Félix Tshisekedi a néanmoins fixé une ligne rouge : « Aucune cause, aucune revendication, aucune blessure – aussi réelle soit-elle – ne peut justifier que l’on ouvre les portes de la maison commune à ceux qui viennent la piller, l’occuper et meurtrir ses enfants ».
Le 12 octobre 2026, l’ancien Président Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition associant notamment l’AFC et le M23. Cette évolution donne une nouvelle dimension politique à la crise dans l’Est du pays.
Ce n’est pas la première fois que la RDC organise des dialogues politiques. Trop souvent, ces processus ont abouti à des compromis qui permettent aux acteurs armés d’accéder aux institutions, sans résoudre les causes profondes des conflits. Ils soulèvent également la question des intérêts des puissances étrangères et de leurs réseaux économiques dans un pays aux ressources considérables.
L’écrivain américain George Santayana écrivait: « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter ». Il est donc essentiel de rappeler l’histoire des dialogues et des négociations en RDC.
De la Conférence nationale souveraine au dialogue intercongolais
Le 24 avril 1990, après plus de deux décennies de pouvoir autoritaire, le maréchal Mobutu annonce la fin du monopartisme au Zaïre et l’ouverture au multipartisme. Cette décision intervient dans le contexte de la fin de la guerre froide et sous la pression du peuple congolais et des partenaires occidentaux.
La Conférence nationale, devenue Conférence nationale souveraine (CNS), entend alors refonder les institutions du pays. Le 15 août 1992, ses délégués élisent Étienne Tshisekedi wa Mulumba, père de l’actuel Président, au poste de Premier ministre.
Comme le rapporte Kabungulu Ngoy-Kangoy dans son ouvrage Transition démocratique au Zaïre, 1990-1994, Étienne Tshisekedi avait déjà été nommé Premier ministre par Mobutu en 1991. Ces nominations n’avaient cependant pas permis une transition stable, en raison du conflit entre les prérogatives présidentielles et la souveraineté revendiquée par la Conférence nationale.
La CNS représentait une tentative de soustraire la conduite de la transition au contrôle exclusif de Mobutu et les puissances de Berlin (1885).
En juin 1994, nomme Léon Kengo wa Dondo à la Primature et met ainsi fin à la Conférence et ses résolutions.
Cet épisode illustre les limites d’un processus politique lorsque les décisions issues d’une Assemblée nationale se heurtent aux intérêts du pouvoir en place et aux rapports de force internationaux.
De la chute de Mobutu à la guerre régionale
En 1996, une coalition soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, autour de Laurent-Désiré Kabila, lance une offensive contre Mobutu. Le régime tombe en mai 1997.
Selon l’écrivain Charles Onana, les puissances occidentales ont utilisé le Rwanda et l’Ouganda pour renverser Mobutu. Cette lecture souligne le rôle des intérêts géopolitiques étrangers dans l’histoire.
Cependant, les relations entre Laurent-Désiré Kabila et ses anciens alliés se détériorent. Le 27 juillet 1998, le Président congolais annonce la fin de la présence des troupes rwandaises et ougandaises. Le 2 août, une nouvelle rébellion éclate.
L’Angola, la Namibie et le Zimbabwe interviennent aux côtés du gouvernement congolais, tandis que le Rwanda et l’Ouganda soutiennent des mouvements rebelles. Le conflit prend une dimension régionale, qualifiée de « première guerre mondiale africaine ».
L’Accord de cessez-le-feu de Lusaka, signé le 10 juillet 1999, ne parvient pas à mettre immédiatement fin aux hostilités. Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné et son fils Joseph lui succède à la Présidence.
Sous l’impulsion de ce dernier et avec l’appui de la communauté internationale, les négociations reprennent. Elles aboutissent à l’Accord global et inclusif signé à Pretoria le 17 décembre 2002, auquel participent le gouvernement, les mouvements rebelles, l’opposition politique et la société civile.
Cet accord ouvre la voie à une transition politique, au partage du pouvoir et à l’intégration de différentes composantes armées dans une nouvelle architecture institutionnelle.
La journaliste belge Colette Braeckman a notamment décrit Laurent-Désiré Kabila comme un « électron libre », une expression qui illustre les tensions entre les dirigeants congolais et les intérêts de leurs partenaires étrangers.
Les leçons du passé et le dialogue annoncé
De la Conférence nationale souveraine aux accords de Pretoria, une constante apparaît : les dialogues contribuent aux compromis politiques et ne profitent qu’aux élites et aux groupes armés.
C’est dans ce contexte qu’il faut analyser la prise de direction du FRN par Joseph Kabila : forcer Félix Tshisekedi à intégrer les acteurs politiques et militaires pour le partage du pouvoir. Ce dialogue-là, le peuple n’en veut pas.
La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’un énième dialogue mais a besoin d’une refondation de la nation en créant un État et des institutions modernes capables de préserver l’intégrité territoriale afin d’assurer le bonheur du peuple.
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