Kinshasa, 20 mars 2026 (ACP). – Une exposition intitulée ‘’Charnier des innocents’’, du peintre congolais Henri Kalama, prévue le 22 mars à Kinshasa, à l’espace Bilembo, est consacrée à une prise de parole de l’artiste contre la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo, d’après un entretien vendredi à l’ACP avec le plasticien.
« Cette exposition, c’est juste une prise de parole. Une prise de parole d’Henri Kalama comme artiste, comme acteur culturel, comme éducateur, comme acteur majeur dans la construction d’une identité congolaise. Cette prise de parole alors aborde plusieurs aspects. Plusieurs aspects qui militent pour l’homme », a déclaré le peintre Henri Kalama en marge de son exposition.
« Donc, si on parlait tantôt de la guerre, on parle d’une autre guerre qui est une guerre économique. Quand on parle sur ce qu’on appelle ‘’terrain de jeu’’, où on trouve qu’il y a des occupations qui comptent et des occupations qui ne comptent pas. On se dit : voilà, on vient prospecter, il y a des gens qui y habitent, on ne les voit même pas. On voit qu’est-ce qu’il y a dans le sous-sol. Ah non, bon les autres, bon on va devoir les bouger et ainsi de suite. C’est comme si l’illusion du territoire en fait, la notion de territoire n’est qu’une illusion pourquoi ? Parce qu’on se retrouve dans une logique de prédation qui fait que des humains sont considérés juste comme des pions en fait d’un jeu de dames », a renchéri l’orateur face à l’actualité courante dans l’est de la RDC où les populations sont déplacées pour l’exploitation de leur sous-sol sans humanisme par des nations prédatrices et autres multinationales.
Pour Henri Kalama Akulez, la richesse du sous-sol doit appartenir à l’homme, à la population.
« Donc voilà un peu, c’est juste pour appeler à une occupation responsable, à savoir que les richesses doivent servir à l’homme. Donc du coup, face au besoin d’exploitation de la partie des multinationales, il faudrait qu’il y ait des compensations justes que l’on puisse mettre… », a soutenu l’artiste.
Parmi des œuvres exposées, certaines plongent les contemplateurs dans une méditation profonde.
« Telles que les œuvres ‘’Présence Absence’’, elles invitent à la méditation et à la réflexion. C’est pour dire en fait, c’est une exposition humaniste », a-t-il indiqué.
L’œuvre comme reflet de la société
Le peintre a exprimé ses motivations sur la tenue de cette exposition en ces termes : « l’œuvre d’art, c’est un lieu de manifestation des réalités sociologiques et psychologiques. Sociologique, parce que les contenus de toutes les œuvres que produisent les artistes sont tirés, puisés dans la société dans laquelle l’artiste évolue. Ça c’est d’une part. Et de l’autre psychologique,parce que l’artiste, c’est un être d’émotion, c’est un être singulier qui a une perception qui lui est personnelle, qui a un vécu, qui a un parcours qui influence sa perception ».
« En tant qu’artiste, je ne pouvais pas rester insensible à une réalité qui m’habite, à une réalité que je côtoie au quotidien. Parce que vous rencontrez des personnes qui viennent des zones ou qui ont été touchées par les guerres, ou encore vous vivez à travers les médias des images atroces qui, petit à petit, habitent notre mental, qui, petit à petit, nous hantent et puis, qui nous interpellent en tant qu’artiste, en tant que témoin, de pouvoir prolonger. N’est-ce pas la voix de toutes ces victimes parties, prolonger la voix des personnes qui ont été des témoins directs pour dire : trop c’est trop ! », a-t-il renchéri.
Il a profité pour lancer un appel au sens profond de l’humanisme pour arrêter cette guerre dans l’est de la RDC.
« Je lance un appel à toutes personnes de manifester ce qu’elles ont d’humanité, à celles qui sont à la base de tous ces massacres, pour dire non aux nations prédatrices, en l’occurrence ici le Rwanda, pour appeler des Congolais qui sont égarés et qui soutiennent des agendas qu’ils ne maîtrisent pas, des agendas desnations prédatrices (…) : écoutez, voilà ce que vous causez. Donc, appeler un peu tout ce qui pourrait avoir d’humanité en eux, donc pour dire trop c’est trop et qu’il faudra arrêter », a conclu le directeur général de l’Académie des beaux-arts, le professeur Henri Kalama.
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