Kinshasa, 11 septembre 2026 (ACP).- La transmission de l’information par le Mbudye, une association comprenant des hommes et des femmes chargés de préserver et d’interpréter les principes historiques et politiques de la société luba en République démocratique du Congo(RDC), a été relevée vendredi à Kinshasa par une chercheuse en histoire contemporaine, lors d’un échange avec l’ACP.
« Le rôle de Mbudye dépassait celui de gardiens du patrimoine dans la transmission de l’information et la maîtrise des traditions, des généalogies et des précédents historiques pouvait également constituer un contrepoids à l’autorité des rois et des chefs », a expliqué Merdie Ntshankana.
Selon elle, la connaissance de la mémoire collective participait à l’exercice du pouvoir, en permettant à ses détenteurs d’interpréter les événements présents à la lumière des traditions et des expériences du passé.
« La place de la femme constituait également une dimension importante de l’art et de la pensée politique Luba », a soutenu la chercheuse soulignant que de nombreuses représentations féminines apparaissent sur des sièges royaux, des bâtons cérémoniels et d’autres objets associés au pouvoir.
Cette représentation renvoie notamment à la conception luba de la royauté sacrée, dans laquelle le féminin est associé à la protection, à la continuité de la lignée et à certaines forces spirituelles. Les femmes pouvaient par ailleurs jouer des rôles significatifs comme conseillères, intermédiaires religieuses ou détentrices de connaissances.
L’art Luba exprimait ainsi une conception du pouvoir fondée non seulement sur l’autorité du souverain, mais aussi sur les lignées, les ancêtres, les savoirs et les relations entre les vivants et le monde spirituel.
Une influence culturelle au-delà du royaume
L’influence Luba s’est progressivement étendue à une partie de l’Afrique centrale, notamment dans des régions correspondant aujourd’hui au sud de la République démocratique du Congo, au nord de la Zambie et à certaines zones du nord de l’Angola.
Des échanges, alliances et relations entre autorités ont contribué à la diffusion de certains modèles politiques, traditions de cour et formes artistiques.
Les objets de prestige, les sculptures, les perles, les bâtons cérémoniels et les armes symboliques témoignent de cette influence.
Pour Mme Ntshankana, l’expérience Luba rappelle surtout que « la conservation et la transmission de l’information ne dépendent pas nécessairement du papier ou des technologies numériques ».
Cette architecture de la mémoire, reposant sur les objets, les symboles, la parole, la généalogie et la transmission intergénérationnelle, constitue aujourd’hui un important élément de compréhension de l’identité culturelle et historique de la République démocratique du Congo.
Elle a invité pour ce faire à reconsidérer les formes traditionnelles de transmission des savoirs africains, dans un contexte où la préservation de la mémoire historique et culturelle apparaît comme un enjeu majeur pour les nouvelles générations.
ACP/K

