Kinshasa, 11 septembre 2026 (ACP).- La civilisation luba, une communauté du Centre de la République démocratique du Congo(RDC), a développé, bien avant les archives modernes, en système sophistiqué de conservation et de transmission des savoirs, a relevé vendredi à Kinshasa une chercheuse indépendante à l’ACP.
« Fondée sur la mémoire, les objets symboliques, la généalogie et la parole, faisant de la connaissance un véritable instrument de pouvoir et de continuité culturelle, la communauté Luba a développé, bien avant les archives modernes, en système sophistiqué qui servent à la recherche », a indiqué Merdie Ntshankana.
« Chez les Luba, la mémoire ne servait pas seulement à conserver le passé : elle participait directement au fonctionnement politique et permettait de comprendre le présent », a-t-elle expliqué.
Dans le Sud-Est de l’actuelle République démocratique du Congo, la société luba s’est structurée autour d’une royauté sacrée et d’un gouvernement par conseil, particulièrement à partir du XVIIème siècle. L’expression « Empire luba », couramment employée, renvoie à une organisation politique dont l’influence dépassait le cadre d’un État aux frontières fixes, grâce notamment aux alliances, aux relations entre chefferies et à l’intégration de différentes autorités.
Au cœur de cette organisation, le roi occupait une fonction qui dépassait celle d’un simple dirigeant politique. « La royauté était associée à une dimension spirituelle et ancestrale, tandis que la légitimité du souverain s’inscrivait dans une lignée royale », a dit Mme Ntshankana, ajoutant que les traditions dynastiques évoquent notamment Kalala Ilunga, figure héroïque et ancêtre mythique rattaché à l’origine de lignées royales.
La chercheuse a souligné toutefois que ces récits relèvent de la mémoire orale et des traditions dynastiques Luba et doivent être distingués des faits historiques établis selon les méthodes documentaires modernes.
Des objets devenus supports de mémoire
Chez les Luba, les objets de prestige et les insignes royaux constituaient de véritables supports symboliques du pouvoir. Bâtons cérémoniels, sièges, appui-tête, armes et sculptures pouvaient matérialiser une généalogie, une origine, une autorité ou encore la continuité d’une lignée.
Les kibango, notamment, pouvaient servir de supports symboliques liés à la souveraineté et à la mémoire dynastique.
Certains objets associaient représentation artistique et transmission des connaissances, illustrant une conception selon laquelle l’art ne se limitait pas à l’esthétique.
Les sièges royaux, pour leur part, pouvaient constituer des insignes sacrés conservés dans les espaces de pouvoir, rappelant la continuité de la lignée et la dimension spirituelle de la royauté.
Le lukasa, une architecture de la mémoire
Parmi les expressions les plus remarquables de cette civilisation, figure le lukasa, communément appelé « tableau de mémoire ». Cette petite pièce de bois, ornée de perles, de coquillages, de reliefs ou de motifs gravés, servait de support à la transmission de connaissances historiques et politiques.
L’objet n’était pas un livre au sens moderne, mais un système de signes dont l’interprétation nécessitait une connaissance approfondie des traditions.
Sa disposition pouvait aider à rappeler des chroniques historiques, des généalogies, des listes de souverains, des événements ou certains éléments liés à l’organisation politique et territoriale.
Le lukasa illustre ainsi une conception particulière de l’information : la mémoire était inscrite dans l’objet, mais elle ne prenait pleinement sens qu’à travers la parole et la performance de celui qui en maîtrisait le langage symbolique.
ACP/K

