« Le Congo que nous avons vu au Mondial est celui que nous devons bâtir » (Par Eric Kamba)

Kinshasa, 3 juillet 2026 (ACP)-La Coupe du Monde 2026 restera sans doute comme l’un des plus beaux chapitres de l’histoire du sport congolais. Mais au-delà des résultats sportifs, elle nous a surtout permis d’entrevoir le Congo que nous sommes capables de construire lorsque nous sommes unis derrière un objectif commun.

Pendant plusieurs semaines, la République démocratique du Congo a offert au monde une image différente d’elle-même. Une image de courage, de discipline, de solidarité, de résilience et d’excellence. Cette image n’était pas une illusion. Elle était portée par les Léopards, mais elle appartenait à toute une Nation.

Les Congolais, de Kinshasa à Goma, de Lubumbashi à Mbandaka, de Matadi à Kisangani, comme ceux de la diaspora répartis sur tous les continents, vibraient ensemble derrière un seul drapeau. Personne ne demandait de quelle province venait un joueur. Personne ne s’intéressait à son ethnie, à son appartenance politique ou à sa confession religieuse. Pendant quelques semaines, nous étions simplement Congolais.

Voilà le Congo que nous devons bâtir.

À nos valeureux Léopards, la Nation adresse aujourd’hui ses plus sincères félicitations.

Vous avez porté haut les couleurs de la République. Vous avez fait vibrer plus de cent millions de Congolais. Vous avez montré qu’un peuple souvent sous-estimé est capable de rivaliser avec les meilleures nations du monde lorsque le travail, la discipline et l’esprit d’équipe prennent le dessus.

Votre parcours restera historique. Cinquante-deux ans après la dernière participation de la RDC à une Coupe du Monde, vous avez retrouvé la plus grande scène du football mondial avec courage et ambition. Après une qualification héroïque contre la Jamaïque, vous avez tenu tête au Portugal, livré une bataille acharnée face à la Colombie, dominé l’Ouzbékistan avec autorité avant de faire trembler l’Angleterre jusqu’aux derniers instants d’un huitième de finale héroïque.

Oui, les Léopards ont perdu face à l’une des meilleures équipes du monde. Mais perdre contre plus fort n’est pas un échec. C’est une étape normale dans la construction d’une grande nation sportive.

Les grandes équipes ne deviennent pas championnes du monde du premier coup. Elles apprennent de leurs défaites, corrigent leurs erreurs, investissent dans la formation et reviennent plus fortes.

Le patriotisme ne consiste pas seulement à célébrer les victoires. Il consiste également à analyser avec lucidité les insuffisances afin de progresser. Les Léopards devront encore améliorer leur efficacité offensive, leur gestion des moments décisifs, leur concentration jusqu’au coup de sifflet final et poursuivre la préparation de la relève. Cette exigence n’est pas une critique ; c’est la preuve que nous croyons désormais en leur capacité à aller encore plus loin.

Mais la plus grande leçon dépasse largement le football.

Le Mondial nous rappelle qu’aucune grande équipe ne gagne durablement sans mérite.

Le sélectionneur ne choisit pas ses titulaires parce qu’ils sont originaires de telle province, membres de telle famille ou proches de telle personnalité. Il choisit les meilleurs. Il sélectionne ceux qui offrent les meilleures performances.

Pourquoi cette règle qui paraît si évidente dans le sport ne deviendrait-elle pas également la règle dans la gestion de notre République ?

La République démocratique du Congo ne pourra pleinement décoller que lorsque le mérite deviendra le premier critère de recrutement dans l’administration publique, les entreprises de l’État et les institutions nationales. Les compétences devront l’emporter sur le clientélisme. L’intégrité devra remplacer la complaisance. Les résultats devront prévaloir sur les appartenances.

Une Nation performante ne se construit jamais avec la médiocrité. Elle se construit avec l’excellence.

Le football nous enseigne également une autre valeur fondamentale : la responsabilité.

Lorsqu’un joueur commet une erreur, il en assume les conséquences. Lorsqu’une équipe perd, elle analyse ses faiblesses avant de préparer le prochain défi. Dans la gouvernance publique, cette même culture devrait devenir la norme. Combattre l’impunité, lutter contre la corruption, mettre fin au détournement des ressources publiques, garantir la transparence et rendre des comptes aux citoyens sont les véritables fondements d’un État moderne.

La démocratie, elle aussi, peut tirer une leçon de cette aventure.

Le débat politique est indispensable. Les divergences de vues sont normales. Elles constituent même la richesse d’une démocratie vivante. Mais comme sur un terrain de football, les différences ne doivent jamais faire oublier l’objectif commun.

Le pouvoir et l’opposition ne sont pas des ennemis. Ils sont deux acteurs d’une même République. Leur véritable adversaire n’est pas l’un ou l’autre ; leur véritable adversaire s’appelle la pauvreté, le sous-développement, l’insécurité, le chômage, la corruption, l’impunité et le gaspillage des ressources nationales.

Les Léopards nous ont montré qu’il est possible de dépasser les divisions lorsque le drapeau est plus important que les intérêts particuliers.

Leur formidable parcours rappelle également toute la puissance de la diplomatie sportive.

Pendant plusieurs semaines, le monde n’a pas parlé de la RDC uniquement à travers les conflits dans l’Est, les crises humanitaires ou les défis sécuritaires. Il a découvert une autre réalité : celle d’un peuple talentueux, combatif, discipliné et profondément attaché à son pays.

Chaque grande performance sportive améliore l’image internationale d’une Nation. Elle renforce son attractivité économique, stimule le tourisme, favorise les investissements, rapproche les peuples et ouvre parfois des portes que la diplomatie traditionnelle peine à franchir. Les Léopards sont ainsi devenus les meilleurs ambassadeurs de la République démocratique du Congo.

Notre pays possède parmi les plus grandes richesses naturelles de la planète. Mais la véritable richesse d’une Nation réside avant tout dans la qualité de ses institutions, de ses dirigeants, de sa jeunesse et de son capital humain. Les ressources minières peuvent attirer le monde ; seules une bonne gouvernance, la stabilité, la justice, l’investissement dans l’éducation, les infrastructures, le sport et la création d’emplois permettront de transformer ce potentiel en prospérité durable.

L’histoire retiendra peut-être que les Léopards n’ont pas remporté la Coupe du Monde.

Mais elle retiendra surtout qu’en 2026, ils ont rendu au peuple congolais quelque chose de plus précieux qu’un trophée : la confiance en lui-même.

Ils nous ont rappelé que le Congo peut être grand lorsque le mérite l’emporte sur le favoritisme, lorsque l’unité dépasse les divisions, lorsque la discipline remplace l’improvisation et lorsque l’intérêt national devient notre priorité commune.

Le Congo que nous avons vu au Mondial n’était pas un rêve.

C’était un aperçu du pays que nous pouvons devenir.

À nous, désormais, de le bâtir.

Éric Kamba
Chercheur en relations internationales
Géostratège | Analyste en gouvernance publique et diplomatie internationale

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