Du 7 au 10 octobre 2026, Kinshasa accueille la 12ᵉ édition d’Expo Béton, organisée sous le Haut Patronage du Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Placé sous le thème ‘‘Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC’’, ce rendez-vous consacré à la construction, aux infrastructures, à l’aménagement urbain, aux corridors et aux zones économiques spéciales invite à réfléchir à l’avenir de nos villes.
À mesure que la capitale se transforme, une question mérite toute notre attention : quelle place réservons-nous à la culture dans la construction des villes de demain ?
Les routes, les bâtiments, les réseaux d’énergie et les nouveaux quartiers constituent les fondations matérielles du développement. Mais une ville ne se définit pas uniquement par ses infrastructures. Elle se distingue aussi par son patrimoine, ses espaces de création, ses lieux de rencontre et la vitalité de son expression artistique. Construire une ville, c’est également créer les conditions de son épanouissement culturel.
Une ambition nationale qui place la culture au cœur du développement
La place de la culture dans le développement national s’inscrit dans la vision défendue par le Président de la République. À plusieurs reprises, le Chef de l’État a souligné l’importance des arts, de la culture et du patrimoine dans la construction de l’identité nationale et la valorisation de l’image de la République démocratique du Congo.
Cette orientation trouve un prolongement concret dans la mission du Fonds de Promotion Culturelle, établissement public créé par le décret n° 011/30 du 16 juin 2011. Le FPC œuvre à la promotion et au financement des activités culturelles et artistiques à travers la République, dans les domaines notamment artistique, littéraire, cinématographique et des industries culturelles.
Cette mission répond à un enjeu essentiel : permettre aux créateurs de développer leurs projets, de professionnaliser leurs activités et de contribuer davantage à l’économie nationale.
La culture ne saurait être considérée comme un secteur secondaire, appelé à bénéficier des ressources disponibles après les autres priorités. Elle participe à la cohésion sociale, à la transmission de notre histoire, à la création d’emplois et à l’affirmation de la RDC sur la scène internationale. Son développement doit, à ce titre, être intégré aux politiques d’aménagement et aux stratégies d’investissement.
Inscrire les équipements culturels dans la planification urbaine
L’expansion de Kinshasa, notamment vers les communes de la N’sele et de Maluku, ainsi que les projets de développement urbain, offrent l’occasion de repenser l’organisation des espaces de vie. Les infrastructures culturelles devraient y être envisagées dès la conception des nouveaux quartiers, au même titre que les équipements éducatifs, sanitaires et sportifs.
Théâtres, bibliothèques, salles de spectacle, centres culturels, ateliers d’artistes et espaces d’exposition contribuent à rendre les villes plus vivantes et plus inclusives. Ils offrent aux jeunes des lieux d’apprentissage, d’expression et d’entrepreneuriat, tout en favorisant la rencontre entre les générations.
Cette exigence concerne également les zones industrielles, les corridors économiques et les nouvelles cités. Le développement territorial gagnerait à intégrer des espaces dédiés aux industries créatives, capables de stimuler l’activité économique locale et de valoriser les talents.
La transformation urbaine suppose, par ailleurs, une attention particulière au patrimoine architectural. Les bâtiments anciens, les formes architecturales et les lieux chargés d’histoire constituent une part de la mémoire collective. Leur préservation doit accompagner la modernisation des villes, afin que le progrès ne se traduise pas par l’effacement de notre héritage.
Le génie créatif congolais, un capital à valoriser
L’inscription de la rumba congolaise sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en décembre 2021, a illustré la portée universelle de notre patrimoine musical. Cette reconnaissance témoigne de la capacité de la création congolaise à dépasser les frontières et à contribuer au dialogue entre les peuples.
De la musique aux arts plastiques, du cinéma à la littérature, en passant par le théâtre, le design et l’artisanat, notre pays dispose d’un potentiel créatif considérable. Nos artistes contribuent à la transmission de notre identité, à la diffusion de nos langues et de nos traditions, ainsi qu’à la promotion de la RDC à l’étranger.
Toutefois, le talent ne suffit pas. La création nécessite des infrastructures adaptées, des équipements professionnels, des formations, des circuits de diffusion et des mécanismes de financement durables. Sans ces moyens, de nombreux projets peinent à atteindre leur public et à générer des revenus à la hauteur de leur potentiel.
C’est ici que le rapprochement entre le secteur culturel et les acteurs du bâtiment, des travaux publics et des industries extractives prend tout son sens. Les investissements qui transforment le paysage économique peuvent également contribuer à structurer les filières artistiques et culturelles.
Faire du financement de la culture une responsabilité partagée
La question du financement constitue l’un des principaux défis du secteur culturel. Au-delà de la création des infrastructures, leur entretien et leur exploitation exigent des ressources pérennes. Cette préoccupation vaut autant pour les ouvrages publics que pour les équipements culturels.
Expo Béton offre un cadre propice à la réflexion sur les mécanismes de financement, la mobilisation des investissements et la valorisation des ressources nationales. Dans cette dynamique, la culture mérite d’être pleinement intégrée aux réflexions sur le financement du développement.
Le Fonds de Promotion Culturelle dispose d’un cadre légal qui organise ses ressources, notamment à travers les redevances prévues par les textes applicables à certaines activités économiques, artistiques et culturelles. Le respect de ces dispositions contribue à donner au secteur les moyens de remplir sa mission au bénéfice des créateurs et des opérateurs culturels.
Pour les entreprises et les professionnels concernés, le paiement des contributions légalement dues ne relève donc pas d’une simple formalité administrative. Il participe à un effort collectif en faveur de la création nationale, de la préservation du patrimoine et du développement des industries culturelles.
Au-delà de ces obligations, le partenariat entre les secteurs public et privé peut ouvrir de nouvelles perspectives : financement d’équipements culturels, mécénat, commandes artistiques, intégration d’œuvres dans les projets immobiliers et soutien aux entreprises créatives.
Une fresque réalisée par un artiste congolais, une œuvre sculpturale intégrée à un bâtiment, un mobilier conçu localement ou une intervention de design dans un espace public illustrent concrètement cette complémentarité. Ces initiatives valorisent les compétences nationales, créent des débouchés professionnels et donnent une identité singulière aux constructions.
Former les bâtisseurs et donner des débouchés aux créateurs
La formation et la qualification des compétences locales, au cœur des enjeux du secteur de la construction, concernent également les métiers artistiques et artisanaux. Architectes, designers, sculpteurs, peintres, ferronniers, menuisiers et artisans d’art possèdent des savoir-faire qui peuvent enrichir la qualité des ouvrages et renforcer leur ancrage culturel.
Une collaboration mieux structurée entre les professionnels du BTP et les créateurs permettrait de développer des commandes locales, de transmettre les compétences et de favoriser l’émergence de nouvelles activités. Elle contribuerait aussi à inscrire les références culturelles congolaises dans les espaces urbains contemporains.
Il ne s’agit pas d’opposer modernisation et patrimoine, ni construction et création, mais de faire en sorte que ces dynamiques se renforcent mutuellement.
Un engagement patriotique au service des générations futures
Aux entrepreneurs, promoteurs immobiliers, architectes, ingénieurs, industriels et opérateurs miniers qui prennent part à Expo Béton 2026, le Fonds de Promotion Culturelle adresse un appel à la responsabilité collective.
La transformation de la RDC ne se limite pas à l’édification de nouvelles infrastructures. Elle implique également de créer les conditions permettant à notre patrimoine de se transmettre, à nos artistes de vivre de leur travail et à nos industries culturelles de contribuer pleinement à la prospérité nationale.
Le respect des obligations légales envers le FPC, la prise en compte des équipements culturels dans les projets d’aménagement et le développement de partenariats avec les créateurs constituent autant de moyens d’inscrire cette ambition dans les faits.
Investir dans la culture congolaise, c’est contribuer à la création d’emplois, renforcer notre pouvoir d’influence culturelle et transmettre aux générations futures un patrimoine vivant, capable d’évoluer sans perdre ses racines.
Bâtissons des villes solides, fonctionnelles et modernes, mais veillons aussi à ce qu’elles accueillent les œuvres, les idées et les expressions qui racontent notre histoire. Si Kinshasa ambitionne de devenir la locomotive de la transformation des villes de la RDC, la culture doit prendre toute sa place dans cette marche vers le développement.
Car une ville se construit avec du béton, mais elle prend aussi tout son sens à travers la culture de celles et ceux qui l’habitent.
Madame Mutund Kanam BarbaraDirecteur Général du Fonds de Promotion Culturelle (FPC)

