Lubumbashi, 17 avril 2026 (ACP).- Le secteur agroalimentaire en République démocratique du Congo(RDC) présente un potentiel exceptionnel, porté par l’immensité des terres arables, la diversité climatique et la richesse des ressources naturelles. Avec plus de 80 millions d’hectares de terres cultivables, le pays dispose des atouts nécessaires pour devenir un véritable grenier agricole en Afrique. Pourtant, malgré ces avantages, la RDC continue d’importer une grande partie de ses denrées alimentaires, ce qui met en évidence un paradoxe entre abondance des ressources et faible transformation locale.
Cette situation attire aujourd’hui l’attention des décideurs, investisseurs et acteurs privés, car l’agroalimentaire représente un levier stratégique pour la création d’emplois, la réduction de la pauvreté et l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire. Cependant, le secteur fait face à plusieurs défis structurels, notamment le manque d’infrastructures, l’accès limité au financement, la faible industrialisation et les difficultés d’accès aux marchés.
Dans ce cadre, l’ACP dans sa rubrique « Trois questions à » a approché, mercredi, M. Henry Kalonda, entrepreneur et Directeur général d’une ferme agro-pastorale portant son nom. Ci-dessous son point de vue :
Question 1: En tant que DG et entrepreneur évoluant dans l’agroalimentaire, comment analysez-vous aujourd’hui le potentiel de ce secteur en RDC ?
DG Henry Kalonda: » Aujourd’hui, le secteur agroalimentaire en RDC représente une opportunité immense, encore largement sous-exploitée. Le potentiel est réel, notamment grâce à la disponibilité des matières premières locales et à une demande interne très forte. La transformation agroalimentaire peut non seulement réduire la dépendance vis-à-vis des importations, mais aussi créer de la valeur ajoutée localement et générer des emplois durables.
Cependant, plusieurs contraintes freinent son essor. Parmi les principales, je citerais le manque d’infrastructures adaptées (routes, électricité, stockage), l’accès difficile au financement pour les PME, ainsi que l’insuffisance de formation technique spécialisée. À cela s’ajoutent les défis liés à la conservation des produits, à la normalisation et à la structuration des circuits de distribution. Pour développer ce secteur, il est essentiel de renforcer les chaînes de valeur, d’encourager les investissements et de soutenir davantage les entrepreneurs locaux.
Question 2 : Quelles initiatives où innovations avez-vous développées dans votre activité pour valoriser les produits locaux et contribuer à la transformation de l’économie nationale, notamment en faveur de l’autosuffisance alimentaire?
Dr Henry Kalonda: Dans mon activité, j’ai mis l’accent sur la valorisation des produits locaux en développant des solutions adaptées à notre contexte. Cela passe notamment par la transformation de matières premières disponibles localement en produits finis ou semi-finis, afin d’augmenter leur durée de conservation et leur valeur marchande.
J’ai également intégré une approche d’innovation en travaillant sur l’amélioration des procédés de transformation, le conditionnement des produits et la sensibilisation des consommateurs à la consommation locale. L’objectif est double : offrir des produits de qualité compétitifs et contribuer à changer les habitudes de consommation en faveur du “made in Congo”. À travers ces initiatives, je participe, à mon niveau, à la dynamique de transformation économique et à la promotion de l’autosuffisance
alimentaire.
Question 3: Quel message adressez-vous aux jeunes et aux femmes congolais qui souhaitent se lancer dans l’agroalimentaire, mais qui hésitent encore face aux défis liés au financement, à la formation et à l’accès au marché?
Dr Henry Kalonda: Aux jeunes et aux femmes congolaises, je dirais que l’agroalimentaire est un secteur d’avenir qui offre de nombreuses opportunités, malgré les défis. Il est normal d’avoir des hésitations face aux difficultés liées au financement, à la formation ou à l’accès au marché, mais ces obstacles ne doivent pas être un frein définitif.
Je les encourage à commencer petit, avec les moyens disponibles, tout en cherchant à se former continuellement et à s’entourer des bonnes personnes. Il est également important de développer un esprit de persévérance et d’innovation.
Aujourd’hui, les opportunités existent, notamment à travers les réseaux, les incubateurs et les initiatives locales. L’essentiel est de passer à l’action, de croire en son projet et de contribuer, chacun à son niveau, à bâtir une économie congolaise plus forte et plus autonome.
ACP/Welo

