Kinshasa, 13 octobre 2026 (ACP).- Les chanteuses congolaises Mpongo Love, Abeti Masikini et Tshala Muana ont partagé un destin marqué par la perte précoce de leurs pères, avant de s’imposer comme des figures emblématiques de la musique de la République démocratique du Congo (RDC), selon des archives biographiques consultées mardi par l’ACP.
« Ces trois monuments de la musique féminine congolaise ont toutes été arrachées à l’insouciance de l’enfance par l’assassinat politique ou militaire de leurs pères, au début des années 1960 », a-t-on lu.
Mpongo Love, une enfance marquée par les épreuves
De son vrai nom Alfride Mpongo Landu, Mpongo Love est née à Boma, dans l’actuelle province du Kongo Central. Son enfance a été marquée par une paralysie partielle des jambes consécutive à une injection de pénicilline, puis par la disparition de son père, Gilbert Mpongo, en 1960, dans le contexte des troubles politico-militaires qui ont suivi l’indépendance de la RDC.
Après ces événements, elle a été accueillie chez des religieuses à Boma, où elle a commencé à chanter dans une chorale. Elle s’est ensuite tournée vers la musique en créant l’orchestre Tsheke Tsheke Love, avec lequel elle s’est fait connaître du public congolais.
Abeti Masikini, de l’épreuve familiale au rayonnement international
Abeti Masikini, de son vrai nom Élisabeth Finant, est née à Kisangani, jadis appelée Stanley-ville. Elle était la fille de Jean-Pierre Finant, une personnalité politique qui a notamment dirigé la Province Orientale au début de l’indépendance de la RDC.
En 1961, son père a été exécuté à Bakwanga, aujourd’hui Mbuji-Mayi, dans le contexte des violences politiques de cette période. Après sa disparition, sa famille s’est installée à Kinshasa, où Abeti a poursuivi ses études avant de se consacrer à la musique.
« En 1961, lors des règlements de comptes politiques qui ont suivi l’assassinat de Lumumba, son père a été arrêté, transféré à Bakwanga (Mbuji-Mayi) et sauvagement exécuté », ont noté les archives.
Malgré cette épreuve, Abeti Masikini a poursuivi sa carrière et s’est imposée sur la scène musicale congolaise, avant de conquérir un public international. Sa prestation à l’Olympia de Paris, en France, a notamment marqué son parcours.
« Abeti, encore enfant, a dû fuir avec sa famille à Kinshasa pour survivre, avant de devenir la première femme congolaise à révolutionner la scène internationale et à remplir l’Olympia de Paris », a-t-on relevé.
Tshala Muana, de l’héritage luba au succès du mutuashi
Tshala Muana, de son vrai nom Élisabeth Tshala Muana Muidikayi, est née le 13 mai 1958 à Élisabethville, aujourd’hui Lubumbashi. Fille d’Amadeus Muidikayi, militaire de carrière, et d’Alphonsine Bambiwa Ntumba, elle a perdu son père en 1964, alors qu’elle était âgée de six ans, dans le contexte des violences liées à la rébellion des Simba.
Après ce drame, sa mère s’est retrouvée seule pour élever leurs dix enfants. La famille s’est ensuite installée à Luluabourg, aujourd’hui Kananga, où Tshala Muana a grandi en s’imprégnant du folklore luba.
« Sa mère, Alphonsine, doit se démultiplier pour nourrir ses dix orphelins. Elle commence à interpréter des chants traditionnels lors des fêtes locales, initiant inconsciemment sa fille à l’art », ont indiqué les archives.
Arrivée à Kinshasa en 1977, Tshala Muana a commencé sa carrière musicale au sein du groupe Tsheke Tsheke Love de Mpongo Love. En 1978, elle a rejoint l’orchestre Les Redoutables d’Abeti Masikini, poursuivant ainsi son apprentissage auprès de deux chanteuses déjà établies dans le paysage musical congolais.
Elle s’est ensuite lancée dans une carrière solo et a contribué à populariser le mutuashi, un cri souvent lancé dans le folklore luba appelé Tshikuna qui veut dire : (ce que l’on a planté), un style et un rythme traditionnel sensuel et frénétique dont elle a modernisé avec l’appui du guitariste Souzy Kaseya en le portant au-delà des frontières de la RDC.
Cette évolution artistique lui a valu les surnoms de « Reine du Mutuashi » et de « Mamu nationale », consacrant sa place dans l’histoire de la musique congolaise.
Les parcours de Mpongo Love, Abeti Masikini et Tshala Muana ont marqué plusieurs générations de mélomanes congolais. À travers leurs styles respectifs, ces trois artistes ont contribué à l’évolution de la musique féminine en RDC et à son rayonnement au-delà des frontières nationales. Leurs trajectoires se sont notamment croisées au début de la carrière de Tshala Muana, qui a travaillé successivement auprès des deux premières chanteuses. ACP/ S A

