La RDC appelée à réhabiliter l’héritage musical de Docteur Nico au Musée national

Kinshasa, 22 septembre 2026 (ACP).- Un appel à la réhabilitation institutionnelle de l’héritage musical de Nicolas Kasanda, dit « Docteur Nico », au Musée national de la République démocratique du Congo (RDC), a été lancé mardi à Kinshasa par un opérateur culturel, à l’occasion du 41ème anniversaire de la disparition de l’illustre guitariste.

« L’absence de politique d’archives, l’exil du patrimoine de Nico et le faible intérêt accordé aux artistes disparus expliquent notamment l’absence d’un fonds consacré à l’illustre guitariste Docteur Nico, dont les mélomanes souhaitent la création et l’institutionnalisation en République démocratique du Congo », a indiqué Yves Kambala.

Selon cet opérateur culturel, cette situation trouve notamment son origine dans l’absence, sous le régime de Mobutu et après, d’une véritable politique de conservation des archives musicales.

Les bandes de l’African Jazz, formation emblématique dont Nicolas Kasanda fut l’un des principaux guitaristes, seraient notamment conservées à Bruxelles auprès de collectionneurs privés.

Il a également évoqué la dispersion du patrimoine personnel de l’artiste, décédé à Bruxelles, entre ses enfants et différents détenteurs en Europe.

« Les guitares, les partitions, les photographies et les autres documents liés à sa carrière ne constitueraient donc pas, à ce jour, un fonds unique institutionnellement conservé en République démocratique du Congo », a expliqué M. Kambala.

Pour un fonds « Docteur Nico »

L’opérateur culturel a par ailleurs relevé l’existence d’un « comité de gestion des œuvres de Docteur Nico », dirigé par Ignace Mukendi, qui a notamment collaboré à l’anthologie « Dieu de la guitare », tout en soulignant que cette structure n’est pas institutionnalisée en République démocratique du Congo.

Pour réhabiliter cet héritage, Yves Kambala préconise un plan articulé autour de quatre axes : le rapatriement numérique des enregistrements de Nicolas Kasanda réalisés entre 1954 et 1970, la création au Musée national d’une salle consacrée aux pères fondateurs de la musique congolaise, l’enseignement de sa technique guitaristique à l’Institut national des arts (INA), ainsi que l’attribution de son nom à des espaces et distinctions culturels.

Il propose notamment la création d’une salle intitulée « Les Pères fondateurs : Kallé-Nico-Franco-Tabu Ley », destinée à accueillir des instruments, photographies, partitions et autres pièces témoignant de cette période majeure de l’histoire musicale congolaise.

Transmettre la technique

Sur le plan pédagogique, il souhaite voir la technique de Docteur Nico, notamment son adaptation du jeu du likembé à la guitare, intégrée à l’enseignement de l’INA comme une matière à part entière.

Yves Kambala propose également de baptiser une rue de Kinshasa et une salle de l’INA du nom de Docteur Nico, tout en préconisant l’institution d’un « Prix Docteur Nico », destiné à récompenser les meilleurs guitaristes solo lors des grandes manifestations musicales consacrées à la rumba.

Entre mémoire et modernité

Évoquant, à titre prospectif, ce que Docteur Nico aurait pu penser de la rumba contemporaine, M. Kambala estime que « le musicien aurait probablement insisté sur l’importance de la mélodie et de l’ancrage traditionnel ».

Il a cité, à cet égard, « Kamulangu », chanson traditionnelle luba arrangée par Docteur Nico, comme exemple d’une création capable de conjuguer modernité et mémoire culturelle.

Pour l’opérateur culturel, la réhabilitation de Nicolas Kasanda doit ainsi dépasser le cadre de l’hommage pour devenir un véritable projet de conservation, d’enseignement et de transmission du patrimoine musical congolais.

ACP/KAY

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