Kinshasa, 22 septembre 2026 (ACP).- Trois innovations majeures de Dr. Nico Kasanda wa Mikalayi ont contribué à l’évolution de la Rumba congolaise moderne en République démocratique du Congo (RDC), notamment la création du trio de guitares, l’africanisation du jeu guitaristique et la centralité accordée à cet instrument, selon un analyste culturel joint mardi par l’ACP.
« Sans Nico Kasanda et sa guitare, la rumba serait restée une copie acoustique de la rumba cubaine. Nico a fait trois ruptures fondamentales : primo, il a inventé le trio de guitares. Avant lui : solo et accompagnement. Avec son frère aîné Charles +Dechaud+Mwamba, il invente le mi-solo, cette troisième guitare entre les deux qui crée la richesse harmonique propre à la Rumba congolaise », a déclaré Yves Kambala, analyste culturel.
Selon lui, l’introduction du mi-solo a enrichi l’architecture instrumentale de la rumba congolaise, en établissant une complémentarité entre la guitare d’accompagnement, le mi-solo et le solo.
Cette configuration a contribué à renouveler le rôle de la guitare dans les orchestres et à influencer plusieurs générations de guitaristes congolais.
L’africanisation du jeu guitaristique
La deuxième innovation relevée par Yves Kambala concerne l’adaptation de techniques et de rythmes issus de la culture musicale africaine au jeu de guitare électrique.
« Il a africanisé la guitare. Formé par Tino Baroza et Jimmy l’Hawaïen, il adapte à la guitare électrique la technique du likembé, le piano à pouce kasaïen, et les rythmes mutuashi de son Kasaï natal. Son jeu en finger-picking scintillant n’est pas occidental, il est kasaïen », a-t-il expliqué.
Cette approche, selon l’analyste culturel, a permis à Dr Nico de développer une sonorité particulière, en associant les possibilités de la guitare électrique à des éléments issus de son environnement musical kasaïen.
La guitare au centre de l’orchestre
La troisième innovation évoquée porte sur la place accordée à la guitare au sein de l’orchestre.
« Il a mis la guitare au centre. Il est l’un des premiers à imposer la guitare électrique hawaïenne pour des effets planants, à une époque où la guitare électrique entrait dans son âge d’or mondial. Sans lui, pas de soukous. Pas de sebene tel qu’on le connaît », a relevé Yves Kambala.
Cette évolution a renforcé, selon lui, la place de la guitare dans les séquences instrumentales et dans la construction du langage musical associé progressivement au soukous.
Un héritage musical durable
Virtuose précoce de la guitare, Nicolas Kasanda wa Mikalayi, alias Dr. Nico, compte parmi les musiciens qui ont marqué l’histoire de la musique congolaise moderne.
Né le 7 juillet 1939 à Mikalayi, dans l’actuelle province du Kasaï Central, et décédé le 22 septembre 1985 à Bruxelles, à l’âge de 46 ans, il a notamment évolué au sein de l’African Jazz et de l’African Fiesta.
Son parcours a contribué à l’évolution du langage guitaristique de la Rumba congolaise, dont plusieurs éléments continuent d’être évoqués dans les analyses consacrées à la guitare, au Sebene et au Soukous.
La Rumba congolaise a été inscrite en 2021 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.
ACP/ S T J/ Ind I/BA

